Un concert en province est toujours un petit évènement en soi, mais ce soir l’affluence à Harfleur est faible : une petite centaine d’auditeurs à peine, alors que cette magnifique salle à l’acoustique parfaite, peut au moins en contenir le quintuple.
Dommage. En tout cas, les présents n’ont pas regretté d’être venus pour soutenir cette belle affiche dont aurait dû faire partie Vulcain. Ce dernier ayant été contraint d’annuler à la dernière minute, en raison du bras brisé de Vincent, son bassiste, cependant les deux tiers du groupe est quand même présent à Harfleur pour s’excuser tout d’abord et pour dire qu’ils reviendront bientôt dans cette salle. Daniel et Marc en profite au passage pour faire chanter à tue-tête "La Digue du Cul" à un public ravi !
Pas de Vulcain donc, mais un Natchez en très grande forme les a remplacés au pied levé durant un show d’une heure rudement mené. Le quatuor faisant fructifier un héritage qui doit autant à Lynyrd Synyrd qu’à AC/DC. Le groupe est attachant tout d’abord en raison de la voix rugueuse de son chanteur. Les titres en français claquent car leurs refrains sont vraiment bien tournés. Les guitares à la tierce et un basse assez ronflante faisant le reste. Le groupe sera rejoint sur scène pour un titre très explosif par Marc Varez derrière les fûts ( On pourrait croire qu’il va exploser la batterie) et Daniel Puzzio à la guitare. Natchez nous réjouit depuis déjà vingt-cinq ans et fêtera ça chez lui en Champagne en septembre. Un très bon show : dynamique et mené dans la bonne humeur communicative.
Nono nous avez juré qu’il ferait une tournée pour soutenir son très bon premier album solo, eh bien c’est chose faite et il est de passage ce soir à Harfleur, pour deux heures dédiées au rock et à la guitare. Après une très longue intro, trop longue, le groupe déboule sur "Blink of an Eye", un hard rock blues de très gros calibre. Nono chante un peu, mais est flamboyant à la guitare, envoyant beaucoup de feeling. Pat Llaberia assure le chant lead de sa voix rauque et puissante et tient la rythmique d’une main de fer. Le quatuor enchaîne sur le tube « A Dieu », qui aurait pu faire un carton à la radio. Le refrain à trois voix y est superbe. « Do It Right » fait davantage place au côté festif et groovy de la formation. Norbert Krief affiche un grand sourire de satisfaction et rappelle à tout le monde au combien il est sympathique.
Le groupe ne laisse aucun répit au public et envoie « Here and Now » dans laquelle Nono lance une improvisation dédiée à Pink Floyd, avant d’envoyer « She’s Burning my Bed » qui fleure bon les Stones. Nono et Pat se lancent alors dans un duel de grattes avant que le groupe rende hommage à Trust au travers d’un medley dans lequel on retrouve « Le Mitard », « L’Elite » et « Antisocial » chanté de bout en bout par le public. Nono semble soulagé de ce passage obligé, n’hésitant pas à dire : 'Au moins, ça c’est fait'. Nono aime le rock et s’en donne à cœur joie à travers un pot-pourri qui passe en revue « Satisfaction », « Moby Dick » et « Crosstown Traffic ».
Le groupe est d’une mise en place exemplaire. Lorsque l’on sait que Jean-Bapt, derrière sa batterie, n’en est qu’à son deuxième concert (Le batteur originel a laché Nono pour rejoindre ce Dieu du rock qu’est M. Pokora): on ne peut qu’admirer la maîtrise de ces grands pros. Léon, le bassiste, impeccable en tout point, se révélant aussi un chanteur hors pair, notamment sur une version quasi punk de « What a Wonderful Word ». Nono est de plus en plus explosif et monte en température, faisant chouiner sa guitare. « Light in the Tunnel » précède le très rock « Borderline », avant que le groupe ne se lance dans une sorte d’hommage à Zappa, c’est un avis très personnel, à travers le très beau et mon préféré « How Does it Feel ».
Retour au rock avec le tellurique « You Keep me Satisfied » avec un thème empruntant au surf. « Vagabondage » n’a jamais mieux porté son nom que ce soir, cet instru un peu vaporeux voit Nono descendre dans le public pour exécuter une partie lead d’au moins cinq minutes. Le public a apprécié et Nono semble s’être beaucoup amusé.
Retour sur scène pour Monsieur Krief, qui attaque un « On the Road Again » aux accents très sudistes. Tout doucement, nous nous dirigeons vers la fin du show avec « Harley Davidson » et un « You Shook me All Night Long » un peu bordélique avec Marc Varez, Daniel Puzzio et Déborah Lee.
Le show s’achève par un « Midnight Rambler » durant lequel la guitare était à la fête. Au final : un excellent concert que je comparerai à une soirée Fête de la musique et ceci n’est pas péjoratif : c’est-à-dire dédiée au Rock’n’roll en toute décontraction. J’ai hâte de revoir Nono en tête d’affiche.