Magic Fire Music : Bonjour Damien et merci de nous accorder cette interview. Pour débuter je vais te laisser te présenter afin de mieux connaître l'homme qui se cache derrière l'écriture.
Damien : Je m’appelle Damien Chaney, j’ai 31 ans, je suis originaire d’une petite ville du Doubs (Pontarlier) mais j’habite actuellement Troyes pour mon job. Et avec Ludovic Chaney (qui est aussi mon frère !) et Antoine Petite, nous venons de sortir un joli pavé de 1000 pages aux éditions Camion Blanc qui s’intitule : « Etat des lieux des musiques extrêmes en 2011 – Les albums essentiels d’un demi siècle de transgression hard rock, metal, punk, hardcore & co. »
Magic Fire Music : Quel est ton parcours ? Quelles sont les études que tu as suivis ? Faut-il a ton avis absolument suivre un cursus littéraire pour devenir écrivain ?
Damien : Alors déjà d’entrée, je le précise : je ne me considère absolument pas comme un écrivain !! J’ai beaucoup trop de respect pour les écrivains pour considérer que ce livre s’apparente à de la littérature. Pour en revenir à ta question, j’ai un parcours de gestionnaire (DUT, master 2 recherche) que j’ai terminé par un doctorat spécialisé dans les festivals de musique. Donc comme tu le vois, je n’ai pas vraiment un cursus littéraire… Après c’est vrai que de par mon job (enseignant-chercheur), je suis amené à beaucoup écrire et j’imagine que ça a pu aider un peu (mais je ne parle là que de mon cas personnel).
Magic Fire Music : Parlons un peu de ton ouvrage Etat des lieux des musiques extrêmes en 2011 – Les albums essentiels d’un demi siècle de transgression hard rock, metal, punk, hardcore & co. 450 groupes, 450 albums et 1000 pages. C’est pas mal du tout. Parles nous pour commencer de tes collaborateurs sur le projet : Antoine Petite et Ludovic Chaney. Chacun s’est illustré dans son style de prédilection. Quels sont-ils pour chacun ?
Damien : Effectivement on est trois à avoir coordonné l’ouvrage et à en avoir écrit la majorité : Antoine Petite, Ludovic Chaney et moi-même. Globalement, on est tous les trois très ouverts d’esprit et on touche à pas mal de styles. Après c’est vrai qu’on a quelques affinités sur certains styles. Par exemple, Antoine s’est chargé d’une bonne partie du punk/hardcore. Ludovic a écrit sur le metal au sens large. Quant à moi… j’ai un peu touché à tout !
Magic Fire Music : Il faut être passionné pour s’attaquer à un tel ouvrage. Te définis-tu comme passionné de musique ? Quel est le groupe qui a marqué ta vie ? Pourquoi ?
Damien : Ouais je crois qu’on peut définitivement dire que je suis passionné…. Je suis tombé dedans vers mes 10 ans.. et j’en suis jamais sorti ! J’en écoute tout le temps, je passe chaque jour pas mal de temps à suivre l’actualité musicale, j’essaye de voir autant de groupes en concert que je le peux (même si j’ai réduit ma consommation en raison de mon job), j’ai fait une thèse sur les festivals de musiques… Donc oui, clairement, il faut être passionné pour se lancer dans un tel projet… sinon tu te décourageras vite et tu ne finiras jamais…
Magic Fire Music : Comment vous est venue l’idée d’un tel livre, ou dois je dire d’une telle encyclopédie ?
Damien : En fait, j’ai toujours aimé ce genre de bouquins : on feuillette, on picore, on fouille, on critique les choix faits, on en discute avec ses potes, on se replonge dans sa discographie, … Bref, ce sont d’excellentes bases de données pour découvrir ou re-découvrir des trucs ! Le problème est que, au niveau des musiques extrêmes, les encyclopédies existantes sont soit trop vagues, n’abordant que les géants du genre, soit ultra spécialisées. L’idée a donc germé de faire quelque chose d’intermédiaire qui certes traiterait des groupes incontournables du genre (Black Sabbath, Iron Maiden, Slipknot, Deep Purple, Ramones, etc. ) mais qui présenteraient aussi de façon équitable de groupes beaucoup plus obscurs (de Darkthrone à Unsane, de Isis à Warzone, de Bolt Thrower à Nazareth en passant par les Germs et Rhapsody).
Magic Fire Music : Combien de temps vous a t-il fallut pour répertorié les 450 groupes ? Comment les avez vous choisis eux et leurs albums ? Avez-vous rencontré, interviewé certains des artistes ? Avez-vous eu besoin d'accords pour que certains groupes apparaissent dans votre 'bible' ?
Damien : Difficile à dire combien de temps il nous a fallu pour répertorier les 450 groupes. Déjà parce que tout ça s’est fait de façon fragmentée dans le temps. Et ensuite parce qu’on a fait des allers-retours, la liste a évolué au cours du temps : on rajoutait des tucs qui nous semblait finalement indispensables, on retirait des groupes pas si incontournables que ça, … Pour faire la sélection, on a regardé plusieurs critères : l’impact commercial du disque (les très grosses ventes comme le black album de Metallica), l’impact musical (les albums/groupes précurseurs comme les Suisses de Hellhammer pour le black metal) et l’impact critique (les incontournables de chaque style comme (Keeper of the Seven Keys de Helloween). On n’a pas vraiment eu besoin de rencontrer ou d’avoir l’accord des groupes. C’est même plutôt flatteur pour eux de figurer dans les albums incontournables de musiques extrêmes, il n’y a pas de raisons de s’y opposer. A la limite, ceux qui auraient pu se retourner contre nous, ce sont plutôt ceux qui n’y figurent pas !!!
Magic Fire Music : Quels sont les personnes qui vous ont le plus aidé à la réalisation de cet ouvrage ? Dans quel sens vous ont-ils aidés ?
Damien : Comme je l’ai dit précédemment, on est trois à avoir coordonné le livre et à en avoir écrit la majorité. Mais parce qu’il y a certains styles/groupes où on ne se sentait pas assez compétents et aussi parce qu’on voulait varier les styles d’écriture, on a fait appel à nos réseaux respectifs pour des petits coups de mains. Au final, c’est 25 personnes qui ont participé à l’ouvrage !!! Des gens d’horizons très différents : des journalistes, des organisateurs de concerts, des managers, des promoteurs mais aussi des musiciens. On a ainsi eu la chance d’avoir des textes de Daniel de Lofofora, Marco de Treponem Pal, Peter de Peter and The Test Tube Babies (qui a écrit sur un de ses propres albums !!) ou encore Crass ex-Crusher et Boost. En tout cas, je pense que ça donne une grande diversité d’approches et de styles au livre avec des textes parfois très drôles et second degré, d’autres plus analytiques, d’autres avec une approche presque historique, etc. Je profite d’ailleurs de l’interview pour les remercier tous encore une fois !!
Magic Fire Music : Quel est le but d'un tel livre ?
Damien : Le but, dès le départ, ça a été de regarder tous ces styles dans leur globalité et d’en faire une photographie à un moment donné, un instantané. Ca fait presque un demi-siècle qu’ils existent (on est parti de 1965 et des Sonics) et on trouvait que c’était un bon moment pour s’arrêter et pour faire un état des lieux. Finalement, aujourd’hui quel bilan on peut faire de ces musiques ? Comment se sont elles développées ? Quels sont les albums qui ont été marquants ? On espère que le livre apporte quelques réponses à ces questions…
Magic Fire Music : Vous avez collaboré avec Camion Blanc, « L'éditeur qui véhicule le rock ! ». Comment s'est passé votre coopération ?
Damien : La collaboration s’est bien passée. De toute façon, les tâches sont bien séparées. On a réfléchi au projet, choisi les albums à inclure dans le livre et rédigé le tout de notre côté. Puis on s’est mis en quête d’un éditeur. Camion Blanc s’est tout de suite montré intéressé, ce qu’on a beaucoup apprécié, d’autant qu’il s’agit d’un éditeur reconnu dans le style. Camion Blanc a ensuite pris le relais pour tout ce qui est mise en page, pochette, maquette, etc. On s’est ensuite rejoint en toute fin de processus pour la finalisation de certains points de mise en page et surtout sur la partie promo.
Magic Fire Music : Penses-tu que ce livre soit complet, qu'il n'y manque pas de groupes ?
Damien : C’est une question délicate…. C’est sûr que d’un côté, il y a une bonne flopée de groupes qu’on avait pré-sélectionné et qu’on a au final écarté du livre. D’un autre côté, il a bien fallu à un moment donné fixer des limites, sinon on aurait eu un bouquin de 10 000 pages !! Donc la question centrale est de savoir où on met le curseur : qu’est-ce qui fait qu’un groupe figure ou pas dans le bouquin ?? Ca a été parfois difficile de trancher mais je pense qu’on obtient une représentation assez fidèle des musiques dites extrêmes pouvant intéresser autant des néophytes que des connaisseurs.
Magic Fire Music : Es-tu fier du résultat (je pense que oui) ? Aurais tu des points à améliorer ?
Damien : Oui clairement je suis content du résultat, tant au niveau de la forme que du fond! Dans l’absolu, c’est vrai qu’il y a des petites choses que j’aurais aimé faire différemment. Par exemple, le livre, comme tous les bouquins Camion Blanc, est en noir et blanc alors que dans l’idéal ça aurait été sympa d’avoir les pochettes en couleur. Mais ce sont des compromis qu'il a fallu faire pour que le projet aboutisse et avec lesquels je n’ai aucun souci. Et encore une fois, on est super fiers du produit final.
Magic Fire Music : [Pause publicité] Où peut-on se procurer le livre ?
Damien : Dans toutes les bonnes crèmeries !! Le livre est dispo depuis fin décembre. A partir de cette date, libre aux libraires et aux disquaires de commander le livre et de le mettre dans leurs rayons. Si jamais vous ne le trouvez pas tout près de chez vous, il est évidemment en vente sur Internet dans les sites classiques (Amazon, Fnac, etc.) ainsi que sur le site de Camion Blanc. [Merci pour la pause pub !]
Magic Fire Music : Changeons un peu de registre et dis nous ce que tu penses des tablettes, style le Kindle de chez Amazon ? Penses-tu qu'il va conduire le livre version papier à disparaître ? Es-tu pour le développement des tablettes ou non ?
Damien : Je dois bien avouer que je reste encore très attaché au format papier. Au jour d’aujourd’hui, entre lire un roman sur une tablette et lire un roman en version papier, je n’hésite pas une seconde ! T’as carrément pas le même contact avec l’objet. Ca vaut aussi pour le CD et le MP3 : je reste encore attaché au format physique de la musique. Après, je ne suis absolument pas réfractaire aux nouvelles technologies : j’ai un Smartphone et j’avoue que c’est bien pratique de lire un journal dessus. Donc je ne suis ni pour ni contre le développement des tablettes: je fais juste mon propre arbitrage comme je le sens.
Magic Fire Music : J'ai lu que tu avais une cdthèque conséquente. A combien se monte le nombre de CD/Vinyles chez toi ? La considères-tu comme une collection ? Quelle est ta plus belle pièce ?
Damien : Si on combine ma discothèque avec celle de mes co-auteurs, Ludovic et Antoine, on doit aboutir à une jolie collection de près de 5000 disques !!! Mais à titre personnel, je n’ai pas une discothèque si conséquente que ça : j’ai environ 250 vinyles et 1200 CD. Mais je ne me considère pas comme un collectionneur dans la mesure où je ne cherche pas de façon compulsive des pièces bien précises : j’achète au gré des occasions, des envies, etc. Et je n’achète pas non plus à outrance parce que je veux avoir le temps d’écouter vraiment ce que j’achète. Au niveau des vinyles, j’ai quelques pièces sympas : les deux tout premiers Pantera (Metal Magic et Project In the Jungle), le Metallica Ride The Lightining en édition limitée avec la pochette verte, la démo Hatred Surge de Napalm Death, le Live in Marseille de Mayhem limité à 500 copies, un picture disc du Reign in Blood de Slayer, une édition limitée et numérotée de In Utero de Nirvana, … Mais encore une fois, aucune pièce que je recherchais à tout prix, juste le fruit du hasard…
Magic Fire Music : J'ai vu aussi que tu étais un adepte de la presse musicale. Penses-tu que les mag papiers ont encore un avenir ? Est-ce à cause des webzines et autres sites musicaux qu'ils disparaissent ?
Damien : Sur ce point, j’ai un peu le cul entre deux chaises puisque d’un côté effectivement je lis beaucoup la presse musicale « traditionnelle », et d’un autre côté j’écris moi-même dans un webzine (Metalorgie.com pour ne pas le citer). Ceci étant, je pense qu’il y a de la place pour les deux médias musicaux et qu’ils peuvent tout à fait cohabiter : le média web sur des choses du quotidien (de la news, des chroniques de disques et des live reports), et le média papier pour des interviews plus fouillées avec séance photos, etc.
Magic Fire Music : Si tu étais un livre tu serais ?
Damien : Alors autant j’ai des groupes/albums/chansons cultes, autant en littérature je n’ai pas réellement d’idole. Donc je vais te répondre le dernier bon bouquin que j’ai lu (et qui n’a rien à voir avec la musique) : « Pour qui sonne le glas » d’Hemimgway.
Magic Fire Music : Si tu étais une chanson, tu serais ?
Damien : Allez, disons One de Metallica : c’est brillant, inspiré, épique, …
Magic Fire Music : Si tu étais un groupe, tu serais ?
Damien : Là encore, je vais répondre Metallica parce que je suis un grand fan et que, malgré certains choix de carrière que l’on peut toujours critiquer, ils ont fait tellement pour les musiques extrêmes que ça en impose le respect.
Magic Fire Music : Si tu étais un style musical tu serais ?
Damien : Pour m’éviter un choix trop difficile, je vais rester à un niveau de généralité important et répondre… le rock !!!!
Magic Fire Music : Y a t-il une question que je ne t'ai pas posée et à laquelle tu aurais souhaité répondre ?
Damien : Oui une !! « Est-ce qu’il y a des séances de dédicace de prévu ? ». Question à laquelle j’aurais répondu : oui tout à fait !!! On en a déjà fait une petite dans notre ville d’origine, Pontarlier, et une autre à Genève dans le mythique shop de Stigmate Records. Et là, on est en train de voir ce qu’on peut faire sur Paris…Puis ailleurs… Pour se tenir au courant :
État des lieux des musiques extrêmes sur facebook
Magic Fire Music : Je te laisse le mot de la fin !! Encore merci pour tes réponses.
Damien : Merci à toi pour toutes ces questions !!! Et longue vie à Magic Fire Music !!!