
Je suis droguée, je ne comprend pas ce qui m’arrive, je ne sais pas où je vais. Une petite lumière au plafond me montre les murs blancs d’un camion capitonné. Mes yeux sont lourds, très lourds. Je veux juste retourner dans mes songes si doux, si sécurisants. Mes bras sont entourés d’un tissus blancs lui aussi. Je ne sais pas pourquoi mais ça me panique. La fatigue est plus forte que tout, je repars dans des songes agités et enfiévrés. Je rêve de ma vie, mon divorce, mon licenciement, le loyer que je ne peux plus payer, mes enfants qui me sont retirés parce que je me suis à boire pour oublier, mes amants que je n’arrive pas à garder… et ma tentative de suicide. Qu’est ce qui m’a pris ? Je revois l’eau fumante dans ma baignoire, mon visage en larme et décharné par tout mes abus, cette lame de rasoir brillante sous la lumière de la lune ; puis ce sang, mon sang coulant le long de mes bras ; et cette douleur causée par la lame, cet étourdissement, cet engourdissement, puis la plongée vers un monde sans soucis.
Je me réveille en sursaut. Tout m’est revenu en mémoire. Mais pourquoi suis je encore en vie ?
Le camion s’arrête enfin. Les portes s’ouvre. Des médecins me soulèvent et m’attirent vers l’extérieur. La pluie tombe à grosse goutte. Je peux voir un panneau : « Welcome to Silent Sanatorium ». Une musique angoissante envahie mon esprit tandis que je gravit les marches de l’établissement. Suis je folle ? Un piano jouant sans cesse les mêmes notes me martèle les tympans, tandis qu’un clavier prend possession de mon esprit. Un son de xylo ne fait qu’augmenter la peur qui commence à m’imprégner.
Je déambule avec mes ravisseurs dans de grands couloirs blancs, où se reflète des lumières sans vies. Je suis emmenée dans une chambre, blanche elle aussi. On m’attache à un lit. Je ne peux contester, je suis trop faible. La porte très épaisse se referme sur moi. Je me retrouve « Lonely ». La musique reprend possession de mon esprit, elle est en accord avec mes pensées. La solitude va être ma meilleure alliée. La musique est lancinante, elle ne me lâche pas. Le tambour, le clavier… toutes ces sonorités mélangées qui s’amplifient me rapprochent un peu plus de la folie. Quelqu’un rentre et me fait une piqûre. Je sombre !!
« One Morning in Fog », mon premier matin dans cet hôpital. Je navigue dans un brouillard épais. Je ne suis pas maître de mon esprit. La musique à repris le dessus. Quelques notes de piano, un violoncelle, une mélodie magique. Je reste dans mes songes. Je m’imagine dehors, allongée dans l’herbe. Le soleil me caresse, et je regarde les nuages passer. Ma petite fille est avec moi. Je me sent bien.
Retour à la réalité. Mes songes me font penser à mes enfants, ils me manquent. Des larmes coulent le long de mes joues. Je suis une « Mother Damned ». Et cette musique toujours présente me fait penser à mon passé. Mon garçon aime la période médiévale, et les instruments que j’entend m’y font fortement penser. Une flûte, peut être est-ce une buisine, n’arrête pas de jouer les mêmes notes, celles là même qu’il jouait avec sa flûte, et ce tambourin qui me martèle la tête. Je me met à crier, à gesticuler. Je veux qu’on me libère, je retrouve des forces. Un médecin entre et m’offre grâce à une piqûre un « Escape ». Je m’évade, une harmonie magnifique, une voix majestueuse, celle d’Ombeline du groupe « Seadem » m’imprègne. Je ne peux que succomber à une telle musicalité. Je m’invente un ami imaginaire à qui je peux confier mes malaises. Il m’écoute, me soutien.
Enfin on me libère. Je ne sais plus quel jour nous sommes, je ne sais plus quelle heure il est. Je peux déambuler dans les couloirs. « My Dear », nous pouvons enfin bouger. C’est une libération, même la musique qui ne me quitte plus se fait plus joyeuse, plus enthousiaste. Nous déambulons mon ami imaginaire et moi dans les couloirs uniformément blanc de l’hôpital psychiatrique, car oui je réalise qu’on m’a emmenée dans ce genre d’institut. Pour oublier je tente de penser à autre chose. Même la musique m’offre une belle berceuse qui me permet de repartir dans mes souvenirs d’enfance édulcorés (« Legend of Dead Child »). Que de sentiments qui me traversent, la joie de retrouver une telle musicalité enfantine, mais la réalité me rattrape. « Lying Prison », cette nouvelle musique est plus sombre, plus obscure. Le violon doit y être pour beaucoup je pense, on jurerais presque qu’il pleure en duo avec une guitare.
Je continue de déambuler avec mon ami invisible. Nous croisons des gens. Ils sont comme moi. J’arrête un couple. « Sam & Lilly ». Ils me racontent leur histoire sur une musique obscure. Ils parlent d’un voix susurrée et fantomatique. Pour échapper à la prison ils se sont fait passer pour fous car ils faisaient travailler des enfants venant de pays étranger pour une misère dans des caves sales et humides. Je préfère m’éloigner de ces notes de piano et du tambours. Une jeune fille, « Sendila's Tragedy » vient me parler. Elle me dit de me méfier. Il n’y a que des fous ici. Je la croit sur parole tandis qu’elle me raconte ses mésaventures sur un ton perturbé. Les notes sont rapide, le mélange des instruments dérangeant. Son histoire est triste. Elle vient d’Afrique. Un homme blanc l’a séquestrée et violentée pendant de nombreuses années, elle cherche à oublier et à se reposer dans ce genre d’endroit. Elle est terrorisée à l’idée de retourner dans le monde des vivants tandis que le clavier donne des sonorités froides, clinique qui rebondissent dans les longs couloirs sans vie. Je la laisse pour rejoindre un vieux monsieur. Sa vie est « The Old Man And The Fountain », cette fontaine dans laquelle il a jeté tant de corps sans vie qu’il venait de dépecer afin de vendre le maximum d’organes. La compo est d’une musicalité sans contexte, elle est touchante et chatoyante d’orchestrations.
Tous ces gens commencent à me faire peur. Comment ais-je pu atterrir ici ? Qui m’y a envoyée. « The Lips of Darkness » me donnent la réponse. Pourquoi ces rires, je ne trouve ça vraiment pas drôle. Je comprend que mon ancien mari n’y est pas pour rien. Il ne veux pas que je récupère les enfants, et le seul moyen de se débarrasser de moi était de me faire interner afin que je ne puisse plus avoir de suprématie sur la garde, voilà ce qui m’est révélé par le tempo entraînant de cette composition.
Pourtant on vient m’annoncer que je peux prendre mes affaires et sortir. En hâte je met des vêtements et me dirige vers la sortie. Je vois enfin la lumière du jour. Je descend les mêmes escaliers qu’à mon arrivée. Au bas des marches je me retourne. Je suis face à « Closed Doors In The Sanatorium ». Un vent de soulagement m’envahit. Les dernières notes commencent à s’évader de ma tête, plus douces, plus intimes, l’effet des médicaments disparaît. Je vais pouvoir me reconstruire. Je ne veux plus jamais revivre ça !!
Sous des aspects de BO de film d’aliéné, se trouvant dans notre imagination, se cache donc le nouvel de Momemtum Mortis, « Silent Sanatorium ». Plus travaillé, plus orchestral. On ne retrouve qu’une seule collaboration, tandis que son prédécesseur « Fabulas » en foisonnait. On retrouve donc Ombelline de « Seadem » qui vient magnifier « Escape ».
Momemtum Mortis nous touche encore et nous offre un grand cru !! A écouter…
Excellent la façon de chroniquer ;) du grand art ça Angel! En tout cas ça m'a donné vachement envie d'écouter l'album!!!
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