Caractéristiques

  • Groupe : Rorcal
  • Album : Myrra Mordvynn Marayaa
  • Sortie : Septembre 2008
  • Label : Thundering Records
  • Style : Funeral-Doom/Post-hardcore
  • Site Web : www

15/20


Tracklist

    01. "Aurore"
    02. "Savernaya"
    03. "As Doubt Grew from Her Soul"
    04. "Norys"
    05. "Dysrethmia"
    06. "Tension Echoed from the Heart of the Ocean"
    07. "Ether"
    08. "Ataraxia"
    09. "And from Their Corpses Another Chapter Begins"

Rorcal

- Myrra Mordvynn Marayaa

Par Stone Hellway, le 27/01/2009 || 0 commentaires

Nous voici devant un grand monument de noirceur et de puissance né des ruines du mouvement hardcore des années 90. Rorcal est un peu le mélange improbable de Mastodon sous ritaline qui ferait un bœuf avec Sunn o))). Le groupe se désigne lui-même comme faisant du doom/post-hardcore. On ressent vraiment la puissance de leur musique qui serait un grand drone-doom à tempo rapide (c'est-à-dire plutôt lent). Si vous voulez une comparaison avec l'animal (à savoir le rorqual), imaginez-vous en train de faire de la plongée de nuit dans une mer calme quand soudain vous vous retrouvez nez-à-nez avec une immense baleine bleue qui vous avale et vous emmène vers les profondeurs abyssales de l'insondable océan où vous ne soupçonniez même pas être arrivé. Pendant tout le trajet, si vous deviez avoir une musique de fond, ça ne pourrait être que celle-là.

Cet album portant le doux nom de Myrra Mordvynn Marayaa vous attrape et ne relâche votre carcasse qu'au bout d'une heure et quart. Si vous avez survécu à tout ceci, il s'en suivra inévitablement un douloureux état de choc. Comment faire pour en sortir indemne ? La première chanson, Aurore, commence par un hurlement de sirènes, des percussions saccadées, des hurlements qui viendraient de derrière nous,... On se croirait assis dans ce lit d'hôpital comme dans ce film Johnny got his gun dont on peut en voir des extraits dans le clip One de Metallica. Cette musique grandiloquente et malsaine nous plonge dans les méandres de la folie. La construction du morceau est oppressante. Il y a un fait en médecine qui décrit bien ce que l'on ressent à l'écoute de ce morceau : C'est le « trapped inside the box ». Ça arrive dans le cas de mauvaises anesthésies. Le corps tout entier est paralysé et on ne peut communiquer avec le monde extérieur mais on ressent encore tout ce qui nous arrive. Il est impossible de hurler, de parler, de communiquer. Et lorsque l'opération démarre, on ressent toute la douleur des coups de scalpels, des mains qui s'agitent dans nos organes,... c'est à peu près ce que l'on ressent à l'écoute de tout cet album en fait.

Les images fortes ne manquent pas pour décrire cette musique sans concessions et sans merci qui vous arrache chacun de vos repères pour les donner en pâture aux Vélociraptors (en référence à cette réplique culte de Jurassic Park : « Le pire c'est que tu es vivant lorsqu'il te dévore »). J'aurai aimé vous faire une chronique sur chaque chanson qui compose cet album mais je suis bien incapable de les décrire. Tout est monumental. On se retrouve face à un immense monolithe sauvage et vibrant qui vous menace et vous intrigue. On a rien à faire en écoutant cet album, on est assis et on attend. On écoute, tout se passe hors du champ de notre propre volonté. Tout l'album fonctionne dans une alternance de grandes remontées monstrueusement gigantesques et de moments de ce qui en comparaison semble être calme et réconfortant alors qu'en fait la puissance qui précède les moments de calme est tellement gigantesque que ce calme est en fait l'œil du cyclone qui revient par trois fois sur nous. Au beau milieu d'un cyclone, on n'est pas à l'abri. On sait que ça va nous retomber dessus. D'ailleurs dans le morceau As Doubt Grew From Her Soul, on entend le vent de la tempête qui nous menace.

Après j'ai une question qui me taraude depuis le début. Pourquoi vouloir se mettre dans des états pareils ? Il y a un morceau sur cet album qui s'appelle Ataraxia. L'ataraxie est ce qui conduisait inévitablement au bonheur chez les grecs anciens. Lorsque l'esprit parvenait à contenir les désirs du corps, il se retrouvait dans un état de plénitude et de satisfaction. Ataraxia de Rorcal est au contraire un grand tremblement de terre après une tempête. Il vient tuer les survivants. Cet album ne vous rendra pas heureux mais je suis persuadé qu'il a atteint tous les buts qu'il s'était fixé. C'est un peu comme écouter un album de Joy Division. C'est terriblement triste et on n'en ressort pas indemne. Il n'y a que la peur qui peut empêcher de passer par cet album incroyable.

Editée le 17/12/2009

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