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NoOne

Salut Kemar ! Comment tu vas ?
Kemar : Pas mal et toi ?

Très bien ! Contente d’être ici avec toi, c’est cool ! No One vient de sortir un excellent DVD live du concert à la Cigale qui a marqué les esprits (ndlr : le concert avait eu lieu très peu de temps après les attentats du 13 novembre).
Je ne suis pas étonnée par le choix de la salle, connaissant ton amour et celui du groupe pour la Cigale …
Kemar : La Cigale c’est notre jardin, comme je le dis dans le live, cette salle elle nous a vu grandir. On y a joué 8 ou 9 fois je crois, donc voilà, quand on joue à Paris, c’est à la Cigale quoi qu’il arrive. Et je pense que même si on pouvait faire plus gros, on ne changerait pas, c’est la Cigale qu’on veut. On a l’impression que quand on joue là on est à la maison. Puis tu as 1300 personnes en face de toi mais tu as l’impression d’être dans un grand club. Et il y a aussi les gens de la Cigale qu’on aime beaucoup ! Les gens qui s’en occupent, notamment Corinne.

La date du show étant programmée à l’avance, les évènements tragiques du 13 novembre se sont donc imposés le jour du concert … Comment as-tu vécu ça ? Le groupe avait-il pensé à annuler le concert ?
Kemar : Oui, ta date est programmée le 30 novembre, tu ne t’attends pas à ce que 15 jours avant tout cela arrive. Et pour l’annulation, nous ou n’avait pas pensé à annuler et on ne voulait pas. Mais il y a des gens qui eux y ont pensé oui. Notamment la préfecture, et tout ce genre de chose. Tout simplement parce que ce n’était pas Francis Cabrel qui était programmé. C’était nous. Un groupe engagé et revendicatif qui dit des choses, qui a des textes sur Charlie Hebdo, sur le Djihad, qui a aussi l’intention d’inviter les gens de Charlie Hebdo sur scène … Enfin si tu veux, on accumulait les trucs. Donc on a eu très peur que le concert soit annulé. En plus on était en pleine tournée donc pour le reporter ça allait être la merde. Et finalement, grâce à notre label, à Corinne de la Cigale, à notre tourneur, les choses se sont un petit peu apaisées. Bien évidemment on a toujours eu l’inquiétude que les gens ne viennent pas. Mais je pense en réalité que les gens avaient besoin de ce concert autant que nous. Nous déjà on avait besoin de jouer chez nous. Et malgré tout, dans nos têtes le jour du 13 novembre, ce concert s’est inscrit comme un concert de résistance pour la liberté d’expression, pour la laïcité.

C’était une de vos manières parmi tant d’autres de vous révolter en quelques sortes.
Kemar : Oui voilà, c’était une manière de se révolter. Mais déjà la tournée en elle-même était une manière de se révolter aussi, sur plein de choses. Si tu veux c’était un concert particulier par rapport à ce qui s’est passé, mais ce concert est surtout marqué par la résistance, sa symbolique est la résistance. Et c’est aussi ça l’ADN de ce groupe depuis 20 ans. Il fallait également que les gens de Charlie Hebdo montent sur scène, ils ont tellement été absents dans le monde de la musique. Le monde de la musique a tellement été lâche je trouve … Et notamment les artistes populaires, lâche de ne pas les avoir soutenus comme ils auraient dû … Ou alors de ne pas avoir organisé un grand concert ou même plusieurs concerts en France pour les défendre, pour défendre ce qu’ils ont fait et apporté, ce qu’ils ont vécu … Je trouve que nous à notre niveau, c’était le seul truc qu’on pouvait faire. Et d’ailleurs on s’est dit, si on ne les invite pas à La Cigale, c’est une faute professionnelle.

J’imagine que la réaction de Charlie a été très positive quand No One l’a invité sur scène.
Kemar : Tout à fait, eux ils ont répondu très positivement. Mais leur agent de sécurité c’était le contraire. C’est normal, tu vois les mecs deux semaines après les attentats du 13 novembre, c’est comme une sorte de boomerang quoi pour Charlie. Donc pour eux non ce n’était pas une bonne nouvelle. Mais ils ont tellement insisté, et avec toutes les mesures et questions de sécurité qui ont été abordées, ça a été accepté. Pour te dire, l’armée dehors, des flics à l’intérieur etc., La Cigale était peut-être l’endroit le plus sécurisé de Paris ce soir-là.

Et toi, comment as-tu vécu les attentats ? Et le groupe ? Que ce soit Charlie, le 13 novembre, et tout le reste dont on parle moins mais qui existe tout autant …
Kemar : Dans notre documentaire c’est notre régisseur qui en parle, on était en concert, en plein dans le rappel et à ce moment-là il y avait « Djihad Propaganda » et « Charlie », et juste à la fin de « Djihad Propaganda » bam, notre régisseur est sur le bord de scène et reçoit un message qui dit qu’il y a eu des attentats à Paris. Il ouvre son ordi, il regarde les chaînes d’info et en même temps nous on attaque « Charlie », et le télescopage tu vois de ce que nous on est en train de jouer et de ce que lui apprend, d’ailleurs lui il avait compris que ça allait être à lui de nous annoncer tout ça, on vit tout simplement un moment tragique. Voilà toi tu sors de scène, tu es encore en transe, tu vis encore ce qui vient de se passer, et là quand on a su ça on était tous K.O quoi.

Ce n’est pas facile …
Kemar : Non ce n’est pas facile. Je ne suis pas en train de te dire qu’il y a un évènement plus important qu’un autre bien sûr. Mais là, c’est dix, quinze fois plus l’horreur, et puis … C’est des gens à des terrasses de café qui ont été touchés, c’est toi, c’est moi, c’est une salle de concert, un groupe de rock, la culture … Ça fait beaucoup. C’est trop.

Ce n’est même pas ciblé, n’importe qui peut y passer …
Kemar : C’est ça, c’est ça ! C’est des mecs qui sont dans la rue, et boum. Et là c’est très flippant.

Tu devais avoir une petite appréhension avant de jouer alors … Enfin, qu’est-ce que tu ressentais ?
Kemar : Ben si tu veux, on avait complètement occulté le fait qu’on faisait une captation. Heureusement qu’on avait notre réalisateur, notre pote qui lui gérait tout ce qui se passait, car nous on était archi-concentrés sur le fait qu’il fallait qu’on donne un concert de dingue aux gens qui ont eu le mérite de venir nous voir ce soir-là. Nous on ne pensait qu’à ça. On se disait, « putain tu te rends compte les gens qui sont en train de faire la queue, le mérite qu’ils ont de venir à ce concert … ». Et puis surtout de faire en sorte que les gens de Charlie Hebdo soient dans la bienveillance, qu’ils se sentent en sécurité … Parce que quand même, on voyait sur leurs visages que ce n’était pas facile pour eux. On voulait que tous nos potes qu’on a invités soient dans les meilleures conditions. C’était ça qui était important pour nous. On était carrément au-delà du DVD, de sa sortie, de la façon dont ça va être filmé, voilà, on était ailleurs nous.

Je pense que tout le monde était ailleurs. Ça se voyait dans le DVD, l’ambiance et l’atmosphère étaient réellement particulières, et uniques.
Kemar : Exactement. Et quand tu vois nous sur scène à aucun moment on joue avec telle ou telle caméra, à part Gaël qui a une caméra scotchée devant lui. Mais sinon, comme je l’ai dit, on occulte complètement tout ça.

Ça se voit. Et sinon, pourquoi avoir appelé le live Barricades ?
Kemar : Parce que au-delà du fait que ce soit un titre de Propaganda, c’est un morceau qui résume parfaitement ce qu’est No One. Et on a toujours monté les barricades avec notre musique. On a toujours essayé de contrer là où on nous disait que tout allait bien. Dans nos textes, que le sujet soit le gouvernement, la religion, les problèmes sociaux, les réfugiés etc., l’idée de monter des barricades c’est un peu les étudiants de 68 qui montent les barricades contre le gouvernement. Voilà, symboliquement et dans l’image, c’est quelque chose qui nous ressemble.

Est-ce que les évènements et le contexte dans lequel se déroulait le concert ont influencés le choix de la setlist ? A moins que vous ayez déjà les titres en tête avant tout ça ?
Kemar : Non pas forcément, on avait vraiment une grosse sature de notre setlist depuis qu’on avait démarré la tournée. Simplement il y a des choses qui ont un petit peu bougé. Par exemple le morceau « Charlie » qui était au milieu du set s’est retrouvé à la fin, pour des raisons de sécurité pour les gens de Charlie Hebdo justement. Il ne fallait pas qu’on sache qu’ils étaient là.

Du coup, c’est une bonne chose finalement de terminer par ça, c’est symbolique.
Kemar : Et bah finalement, en fait c’est Marika et Coco de Charlie Hebdo qui nous ont demandé de jouer ce morceau et nous on était en pleine tournée à ce moment-là. Et elles nous ont demandé de le jouer à la fin. Elles nous ont donc expliqué pour les raisons de sécurité, on s’est posé des questions, on a essayé et on s’est dit « putain mais c’est énorme ! ». Et donc du coup maintenant à chaque fois qu’on fait une setlist on appelle Charlie Hebdo (rires).

J’imagine que toi et le groupe êtes particulièrement fiers de ce live.
Kemar : Ah oui c’est clair, on est carrément fiers de ce live. On est fiers parce qu’il est vrai, il est authentique, il est en phase avec les gens, il nous ressemble, il est rageur, engagé … Tu vois, il y a des moments où tu te dis, voilà t’as fait le Stade de France avec AC/DC, t’as fait des purs concerts au début de ta tournée, et tu ne sais pas pourquoi là t’es dans un état de grâce, parce que aussi je pense que pendant ce live, on était tous dans la même humeur, dans le même état d’esprit. C’est incroyable quand même. Ce n’était pas un mood classique de on va vous donner de l’amour, on va en recevoir … Alors oui, quand les gens de Charlie sont montés sur scène, on voulait qu’ils prennent une dose d’affection et une dose d’amour. Mais nous ce n’est pas ça qu’on attend, c’est surtout est-ce qu’on est sur la même longueur d’onde, dans un concert de résistance, on est là pour défendre la liberté d’expression, la laïcité, et on a tous le même but, la même envie. En plus c’était à La Cigale … Tout était réuni pour qu’on soit dans un état de grâce.

C’était très émouvant.
Kemar : Oui … Tu vois moi, jamais j’aurai pensé que j’allais chialer sur scène comme un gamin. Mais c’était trop fort quoi. C’était trop fort mais pas pour n’importe quoi. Ouais quand j’entends Marika qui parle de tout ça, tout d’un coup j’ai toutes ces images qui me reviennent dans la tête, j’ai tout ce qu’on joue et ce qu’on défend depuis des années qui s’accumule dans mon esprit, et j’ai craqué quoi … C’est trop intense. Et en plus ça t’arrive à la fin du concert, c’est-à-dire t’as joué tous ces titres … Et en même temps il faut se reprendre parce qu’il reste un morceau très très important à jouer … Et surtout aussi parce que y a tous les invités qu’on a, tous ces potes qui sont là et qui ont participé à l’aventure Propaganda … Tous ces gens sont là sur scène pour jouer « Charlie », pour défendre des valeurs … On est tous là pour la musique, pour la défendre, on est tous là pour la même chose … Et aussi parce que ce n’est pas facile dans ce pays.

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Du coup j’imagine que vous avez eu que de bons retours de ce concert … Et je ne parle pas que de la part du public, mais de la part d’autres artistes … C’est arrivé à un moment où tout le monde avait besoin de ça et comme tu l’as dit, rien que pour Charlie, très peu de choses ont été faites finalement …
Kemar : Oui … En fait ce qui a de génial c’est que pour le moment les retours qu’on a du DVD c’est ce qu’on veut entendre. C’est-à-dire que les gens ont tout à fait compris ce qu’on a voulu dire et faire. Et ça c’est génial tu vois. On n’est pas dans l’incompréhension la plus totale, tout le monde a complètement compris le sens de ce concert.

Et quel est le message que vous avez voulu faire passer alors ?
Kemar : Un message de résistance avant tout, c’est un concert de résistance. C’est-à-dire qu’après que des millions de personnes aient gueulé « même pas peur ! » dans la rue ; même si certains l’ont gardé pour eux, on ne va pas faire les flics on s’en fout, la musique donne un acte de résistance.

Ça ne devait pas être simple de faire tout ça ce soir-là …
Kemar : C’était simple dans le sens où c’est notre métier … Encore plus ce soir-là, c’était comme un devoir. En plus on n’avait pas joué chez nous depuis au moins trois ans, putain y avait tout, on avait le cerveau en ébullition je te jure. Mais il faut vraiment savoir que nous c’est notre métier. Nous si on ne monte pas sur scène en plus en s’appelant No One, c’est une faute professionnelle quoi. Par contre que les gens viennent, qu’ils aient le mérite de venir à ce concert … Alors là …

Il y avait toutes les raisons du monde de ne pas venir !
Kemar : Mais exactement ! C’était un lundi, c’était un jour pourri, y avait l’armée dehors, enfin tu vois, tout était réuni pour dissuader. Limite tu vois ça, tu as beau avoir ton ticket, tu te casses quoi. Mais non putain les gens ils sont là …

C’est là qu’on voit la fidélité aussi, il y avait des fans de longue date …
Kemar : Ouais ouais il y avait des fans de longue date, et puis aussi il y a à un moment donné chez les gens je pense, cette conscience politique qui fait qu’ils savent pourquoi ils sont là. C’est-à-dire qu’à ce moment-là, on représente un petit truc pour eux, et ils nous le rendent, tout simplement.

En parlant de conscience politique, pourrais-tu dire un mot sur la situation actuelle en France et / ou dans le monde par rapport à ça et suivant toi ce que tu as vécu ? Comment vis-tu ce climat tendu ?
Kemar : Ecoute, par rapport à ce qui se passe, concrètement, tous les gens qui sont dehors contre la loi El Khomri et la sale résistance de la gauche à ne pas retirer cette loi, je trouve qu’il y a quelque chose de très grave. C’est le démantèlement total de la gauche. Et Hollande était déjà discrédité, mais là il l’est complètement par rapport à ça … Même si moi je te le dis honnêtement, c’est un mec que je respecte quand même, il nous a quand même sorti du Sarkosisme tout pourri, mais le problème, c’est qu’il n’a pas fait le job. Et qu’il a détruit en partie la gauche. Là-dessus je lui en veux beaucoup parce que, très bien il se passe ce qui est en train de se passer. Mais moi ce qui m’intéresse toujours c’est ce qui va se passer, qu’est-ce qui arrive. Et ce qui arrive, ce qui nous attend, ça va être très chaud pour nous. Très très chaud. Quand tu regardes le programme des mecs de droite, là c’est pas quinze jours dans la rue, c’est un an.

On a l’impression de se diriger de plus en plus vers la droite avec tout ce qui se passe.
Kemar : Bah ouais exactement, et quand tu vois leur programme …

J’aurai même du mal à croire que ça puisse passer, ça ne paraît tellement pas humain …
Kemar : Mais oui c’est ça !!! Ou alors il nous faudrait un écologiste, comme en Autriche. Mais tu vois ce qui est tragique finalement c’est que, bon il y a Mélenchon qui est là, mais pourquoi ces connards ne se réunissent pas entre eux pour agir maintenant putain ? C’est là où tu te dis que ces mecs-là n’ont pas la conscience de l’intérêt général et la conscience de vouloir vraiment défendre ce pays contre les sales idées. C’est dommage putain. Pour l’instant les mecs discutent. Il ne faudrait pas qu’ils discutent trop longtemps quoi. Il faudrait qu’à un moment donné ils arrivent et qu’ils aient un leader avec des revendications et feu quoi.

Pour revenir au groupe, quels sont ses prochains objectifs finalement ?
Kemar : Ecoute on tourne cet été, on va faire quelques fests, le Hellfest par exemple. Puis on s’est remis à composer, et en septembre on a à peu près dix ou douze dates. Mais voilà, on s’est remis à bosser, et on est chauds bouillants.

Bonne nouvelle, ça ne s’arrête pas ! No One semble remonté à bloc …
Kemar : Merci !!! Et oui exactement, on est très bien entre nous, et on a envie de continuer le rêve tout simplement.

En tout cas ce qu’on peut tirer comme conclusion de ce live, c’est qu’il représente vraiment le groupe. On voit que vous êtes tous en phase. Et j’ai pleuré en regardant ce concert !
Kemar : Merci infiniment ! Et oui mais je te comprends vraiment, moi aussi j’ai pleuré. Moi tu vois les deux trois fois où j’ai revu les images pendant le montage, je me suis mis à chialer comme une baleine quoi. Non je comprends vraiment. Mais voilà tu vois aussi pourquoi on continue à écrire des chansons, à faire des concerts, il faut qu’on continue à se surprendre nous-mêmes, à provoquer des choses, à être dans l’inattendu, dans l’impensable, dans l’accident … Voilà, tu vois, il faut rester là-dedans, dans ce côté un peu punk qu’il y a dans ce groupe. On n’est pas un groupe de punk mais il y a quelque chose de punk dans l’attitude, peut-être dans certains titres également. Voilà c’est pour ça qu’on fait ce groupe.

De toute façon on voit bien l’impact qu’a No One sur les gens, quand on voit le public, l’ambiance … Ca marque les esprits. Ça ne peut pas laisser indifférent.
Kemar : Mais oui voilà ils nous le rendent ! Merci beaucoup Axelle …