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Archives quotidiennes : 27 mai 2016

Salut à tous les deux ! J’ai quelques petites questions à vous poser sur le nouvel album, que vous avez intitulé L’Envers. Tout simplement, pourquoi avoir choisi ce titre ? Qu’est-ce qu’il signifie ?

Emmanuel : Alors déjà, c’est souvent un sujet délicat pour trouver le titre d’un album, surtout avec un album aussi flamboyant et baroque que celui-ci, donc il fallait trouver un titre qui soit percutant, avec une formule assez ramassée comme on a toujours fait avec nos précédents travaux, comme Posthume, France, Décade(nt), donc une formule courte. Et dans L’Envers, ce qui était intéressant c’était d’abord la notion d’envers du décor parce que le théâtre et le grand guignol c’est assez présent dans cet album, jusque dans l’artwork, donc il y a cette notion la mais il y a également la notion de par « envers » l’idée d’inversion, voire de perversion, puisque ça traite de sujets qui sont très sombres, ça met en scène des histoires et des personnages qui sont effectivement très tourmentés. Ensuite il y a le fait que le mot « envers » ressemble fortement au mot « enfer », et c’est aussi une plongée en enfer qu’on propose à l’auditeur avec ce disque, parce que c’est une descente dans les recoins les plus obscurs de la nature humaine. C’est un peu peinant dit comme ça mais c’est vrai, l’idée principale c’est cette descente aux enfers, ce voyage infernal. Et puis, enfin, dans « l’envers » il y avait un jeu de mot qu’on aimait bien, cette année c’est l’année du vert donc « an vert », et le fait que ce soit le premier album du groupe sous ce nouveau line-up, car c’est le premier disque que nous faisons tous ensemble depuis Posthume. Voilà !

Pendant combien de temps avez-vous travaillé sur cet album ?

Emmanuel : Ca fait tellement d’années … Je crois qu’on a commencé à travailler dessus en 2008.

Thomas : Je crois que la batterie a été enregistrée il y a deux ans et demi.

Emmanuel : Non peut être pas 2008 je dis des bêtises. Plutôt 2013.

Thomas : Mais avant il y a eu les esquisses de guitare …

Emmanuel : Oui ça a été long et un peu ingrat comme phase parce que évidemment c’est un temps où on ne se retrouve pas tous ensemble pour répéter, on a été un peu plus éparpillés, on a travaillé de façon très segmentée. J’ai d’abord proposé une base qui a été retranscrite et retravaillée par Renaud, le deuxième guitariste, ensuite on avait des échanges autour de ça, des structures, on améliorait les choses, Renaud proposait des parties solos, des arrangements de guitare et ensuite évidemment lui et Thomas sur la base de ces transcriptions ont travaillé ensemble pour établir la batterie. Vincent notre bassiste travaillait aussi pour écrire ses parties de basse, et une fois que tout cet ensemble était fixé sur notre démo / pré-démo qui allait servir de base pour l’enregistrement de l’album on avait aussi notre claviériste, Pierre Le Pape de Melted Space qui s’est mis au travail donc là on a travaillé ensemble pendant plusieurs jours sur les arrangements de l’album. Et une fois que tout ça est terminé, on rajoute encore une dernière étape, et non des moindres, c’est-à-dire l’écriture des paroles. J’écris toujours les textes après que les morceaux aient été composés et ça ça m’a pris au moins une année. Il m’a fallu une bonne année de travail, beaucoup de pages blanches, la peur de ne pas réussir à aller au bout et finir les morceaux. C’est un processus qui est plutôt douloureux, toujours peur de ne pas aller dans la bonne direction … Voilà tu vois ça a été assez consistant donc on a pris le temps, et en espérant que ça s’entende et que ça se ressente au final.

Ca s’entend ! […] Quels sont les thèmes principaux abordés dans cet album ?

Emmanuel : Aller tiens un peu à ton tour, pour voir si tu as écouté les morceaux !

Thomas : Euh bah alors les thèmes principaux … Bah déjà ça tourne beaucoup autour du théâtre et de la notion de la comédie. Il y aussi pas mal de petits clins d’œil sur des personnages qui sont sur les albums précédents, on essaye de restituer un peu tout ça dans le contexte actuel avec des petites références à d’autres époques. Ça s’entremêle, ça a l’air un peu décousu comme ça, mais bizarrement, c’est assez cohérent quand on l’écoute.

Emmanuel : Oui l’idée c’était aussi de reprendre des personnages qui sont apparu tout au long de la carrière du groupe. Et se dire voilà, en 2016, que sont-ils devenus ? Le vieux pédophile qu’on avait sur France par exemple, que sont devenus les libertins qu’on voyait sur France également, donc tous ces personnages reviennent aujourd’hui, évidemment le temps a passé et on est aussi beaucoup plus âgés et un petit peu plus sages … je l’espère. Du coup, ça donne quelque chose d’un peu amère. Autant au début du groupe, il y avait cette espèce « d’éjaculation musicale » (excuse-moi pour le terme), où vraiment on avait envie de tout dire avec plein d’enthousiasme, alors que là on est sur quelque chose de plus posé où on reprend ces personnages qui sont des loques, qui sont dans un monde en ruine etc. Et en même temps, le disque fait la synthèse de tout ça, à la fois de la noirceur et de la folie développées dans Posthume et le côté théâtral qu’on avait dans France.

Et justement, pourquoi ce côté théâtral est-il si présent dans L’Envers ? C’est une passion ?

Emmanuel : Oui tout à fait ! Moi à côté de la musique j’ai une activité d’acteur tout simplement, depuis une bonne dizaine d’années maintenant. Je fais de la voix off aussi donc j’aborde l’activité de chanteur en utilisant aussi cette compétence qui est d’interpréter des personnages, car je trouve ça très plaisant de donner une voix et une intonation à d’autres personnages, pour montrer certaines facettes de ma personnalité aussi. Voilà l’idée de base derrière ce côté théâtral.

Et sinon, quelles ont été vos principales influences pour cet album ?

Emmanuel : Alors dans les influences de Wormfood, dès le début je dirai que c’est une espèce de croisement : la rencontre de Type O Negative, Gainsbourg, Bashung, Notre Dame le groupe de Snowy Shaw, Carnival In Coal aussi dont on a fait partie d’ailleurs pour certains, donc voilà, c’est cette influence de tout ça, c’est à la confluence de tout ça, une espèce de doom-goth-avantgarde-metal-chanson française. J’aime pas trop le terme chanson française, ça donne tout de suite un côté un peu barbant, mais on chante en français donc oui, mais voilà Gainsbourg est une grande influence, les Rita Mitsouko aussi, Ange etc. C’est ce mélange de tout ça qui donne un truc un peu étrange, voire franchement étrange, qui s’appelle Wormfood.

Dans cet album, les titres sont quand même particulièrement longs, ce sont des histoires en fait ?

Emmanuel : Ca donne l’impression d’être des histoires oui. En fait, ça donne le temps de planter une scène, de raconter vraiment une histoire sur la durée donc c’est pour ça aussi que je te disais que je m’étais arraché les cheveux sur l’écriture des textes, parce que écrire un texte sur dix minutes en jouant différents personnages avec toutes les variations musicales qui peut y avoir dans l’album, c’était un challenge. Donc oui, on raconte des histoires. Après il y aussi le côté où peut être qu’on arrive pas à faire des morceaux courts, on a déjà essayé mais ça ne marche pas quoi. Et c’est peut-être ça. Mais c’est vrai aussi qu’on aime la musique lente.

Thomas : Il y a le morceau « Gone On The Hoist » qui fait un peu parenthèse avec le chant en anglais et qui est un peu court lui par contre, au départ c’était l’outro d’un des morceaux, il est relié à un autre morceau mais c’était tellement long qu’on l’a séparé.

Emmanuel : Oui en fait les morceaux « Mangevers » et « Gone On The Hoist » (qui est le seul morceau en anglais de l’album) se suivent. A l’origine, ils avaient été écrits pour se suivre totalement. C’était un même ensemble. Mais on s’est dit, aller on va couper tout ça, ça permettra de faire un clip sur « Mangevers » et puis de valoriser aussi le morceau « Gone On The Hoist » sur lequel on a Paul Bento de Carnivore et Type O Negative en invité, et à qui on donne vraiment l’occasion de s’exprimer car j’avais un peu ce regret sur Posthume, j’avais envie de le valoriser encore plus sur ce disque.

Mais et justement « Gone On The Hoist » est quand même particulièrement joyeux par rapport au reste non ? Pourquoi cet élan de gaité soudain ?

Thomas : C’est pour te faire mieux redescendre après ! (rires diaboliques).

Emmanuel : Oui voilà c’est le principe du roller-coaster, on te sort la tête de l’eau pour te replonger dans quelque chose d’encore plus noir derrière. Puis ce morceau n’est pas complètement déconnecté d’ailleurs, c’est vraiment un morceau qui parle d’une relation avec Paul Bento justement, de ce que j’ai vécu quand je suis allé à Brooklyn, des moments qu’on a vécus ensemble, cette espèce de pèlerinage sur le chemin de Type O Negative de tous ces groupes, de Life Of Agony etc. C’est cette envie aussi de « ressusciter » pendant quelques minutes cet univers, cette ambiance. C’est pas de l’imitation, mais plutôt de l’image. C’est surprenant ce fantôme de Type O Negative qui flotte au-dessus de nous !

Et dans « Serviteurs Du Roi », qui est le Roi Cauchemar ? Il m’a marquée !

Emmanuel : Je sais pas il va arriver normalement, il est très très prit, très demandé le Roi Cauchemar ! (rires). Le Roi Cauchemar c’est ce souverain qui règne sur ce Versailles imaginaire, ce Versailles de cauchemar, sur tous ces sujets, tous ces personnages, tous ces marquis et duchesses enfouis, voilà. Alors est-ce que c’est le diable, est-ce que c’est un spectre, est-ce que c’est moi, est-ce que c’est une partie de Thomas, je ne sais pas ! (rires). Voilà c’est un personnage qui chapeaute un peu l’ensemble comme cette idée de Versailles, de cauchemar qui est le cadre de tout l’album finalement, qui donne la cohérence à l’ensemble des choses.

Et d’où ça te vient tout ça ? C’est quand même très particulier !

Thomas : La drogue …

Je le savais !

Emmanuel : La drogue et puis, je sais pas. Non j’ai vraiment beaucoup de goût pour le XVIIème siècle voilà. Bon après, quand on y pense, ce n’est pas vraiment un morceau sur le vrai XVIIème siècle au sens historique du terme, c’est plus une vision, un imaginaire, une espèce de XVIIème siècle bizarre … Voilà, ça vient de là, je ne pourrai pas l’expliquer davantage. C’est vrai qu’à l’origine il y avait ce morceau sur France « TEGBM » dans lequel on entendait Molière, mais bon c’était traité de façon plus humoristique et moins cauchemardesque.

De quoi parle le morceau « Collectionneur de Poupées » exactement ?

Emmanuel : Alors en fait ça vient d’un fait divers mais c’est quand même aussi relié à un questionnement … Donc le fait divers est le suivant : en Russie il y a quelques années de ça, un homme a été arrêté. C’était quelqu’un de tout à fait normal c’était un historien, et on a retrouvé chez ce monsieur en apparence normale des dizaines et des dizaines de corps d’enfants qui avaient été soigneusement emmaillotés dans du tissu avec des masques et des moufles, et habillés en poupée et dont certains, fait encore plus macabre, avaient été transformés en véritables boîtes à musique, avec une boîte à musique donc dans le thorax. Le fait divers est déjà assez frappant, il m’avait marqué à l’époque et je m’étais dit qu’il y avait quelque chose à faire avec ça. Et il faut voir aussi quelque chose c’est que c’est pas une histoire de pédophilie ni de nécrophilie c’est-à-dire que le type qui a fait ça, et je trouve que c’est encore plus dérangeant que si c’était une histoire de pédophilie ou de nécrophilie d’ailleurs, était authentiquement et sincèrement persuadé que ces cadavres d’enfants qui étaient là étaient des enfants abandonnés par leur parents et qu’ils étaient seuls sous terre à sangloter et qu’il fallait aller les chercher. Dans son esprit c’était ça et donc l’idée était surprenante, assez dérangeante, ça dit quelque chose sur le rapport avec la mort, ça dit quelque chose sur le monde de l’enfance, l’imaginaire des jouets des adultes qui ne veulent pas grandir et ça je trouve que c’est une idée intéressante. On est pas du tout dans le truc gras et thrash d’un type qui va baiser des morts, c’est pas du tout ça, et cette idée m’intéressait justement par rapport à tout ça. Tu vois je trouve que Alice Au Pays Des Merveilles par exemple ou tous les films de Burton en général ou d’autres de ce type, moi ça me touche beaucoup parce que on voit bien que le monde des enfants, de leur croyances, de leurs rêves, de leurs cauchemars est extrêmement angoissant aussi. Et c’est quelque chose, quand tu grandis on te dit de perdre ça, de perdre cette capacité à rêver à croire aux monstres sous le lit ou à faire tomber son portable en pleine interview n’est-ce pas Renaud ! (rires). (Ndlr : Renaud arrivait à ce moment-là). Voilà mais donc ça posait cette question-là, cette question vraiment du monde de l’enfance du coté à la fois effrayant mais tendre, tout ça est très bizarre. Donc c’est du Alice Au Pays Des Merveilles aussi. Voilà un exemple de comment on prend un fait divers sordide puis on l’enjolive, on se l’approprie, on en fait quelque chose de très bizarre et de très sordide aussi mais différemment.

Et quel est le message de « Ordre de Mobilisation Générale » ?

Emmanuel : C’est un morceau sur l’horreur de la guerre. C’est un message qui vise tout le monde, on est une génération qui a la chance de ne pas connaitre de conflits. Alors oui on a une certaine insécurité de l’actualité avec les actes terroristes mais l’histoire d’Ordre de Mobilisation Générale c’est sur nos grands-parents qui ont fait la guerre, qui étaient des gens charmants et des gens de bien mais qui ont malgré tout à un moment de leur vie eu du sang sur les mains. C’est quand même assez perturbant de te dire que ton grand père ou ton arrière-grand-père, tout bienveillant et charmant qu’il soit, a été meurtrier quand même malgré tout ou en tout cas a tué en temps de guerre. Et je voulais aussi casser un peu le cou au côté glamour qu’on a souvent dans le metal de « la guerre c’est super c’est cool oh ouais la guerre, this is war ! » tu vois ? En réalité non, c’est juste abominable ! Tu vois il y a le côté grand guignol de la guerre c’est trop bien machin mais quand on reprend les choses vraiment, à leur échelle réelle, on se pose vraiment la question de savoir comment on réagirait face à ça. Donc c’est la question que pose ce morceau. Et le but aussi était de redonner tout son sens au mot « guerre », de dire ce que ça signifiait vraiment. Voilà ce qu’on essaye de faire passer. En plus c’est l’histoire d’un jeune vétéran de guerre qui finit défiguré, gueule cassée, dont la vie est foutue, c’est aussi avec ça avec ce désespoir là que je voulais faire quelque chose, quelque chose d’un peu différent sur la guerre. Alors je ne suis pas en train de te dire que tous les gens qui ont fait la guerre, tous les gens qui ont combattu sont des monstres sanguinaires, meurtriers, ce n’est pas le sens de ce que je veux dire. C’est vraiment la question de comment on réagit quand on est dans cette position.

Thomas : Et je n’ai pas l’impression qu’on vise vraiment quelqu’un ou quelque chose quand on fait de la musique, on essaye juste d’exprimer vraiment des choses, on ne vise personne en particulier, aucune « catégorie » de gens.

Emmanuel : Oui voilà c’est pas notre optique, on dit les choses sincèrement et avec conviction et du moment que y a ces deux choses, ça s’adresse à tout le monde.