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Architect Of Seth

Interview : Architect Of Seth
Réalisé le : 02 Février 2014
Par : E Mail
 
 
 
 
 
 

Il n’est point besoin d’avoir une grande promotion pour avoir du talent et heureusement ce n’est pas incompatible. ARCHITECT OF SETH est pour moi le groupe qui a sorti le meilleur album de death metal de l’année 2013. « The persistence of scars » est une perle, un véritable album écrit avec le cœur. Il méritait de figurer dans l’écurie Great Dane Records. Mais qui se cache derrière ce groupe, qui sont ils humainement, quel est leur parcours ? Comment ont-ils réalisé cet album de death metal ? Pour réellement découvrir Paul et Yohann, voici une interview détaillée intéressante et palpitante, lisez plutôt…. 


Magic Fire Music : Bonjour à vous Paul et Yohann, je suis très content de pouvoir vous faire cette interview car je ne l’ai pas caché mais AOS a été l’album qui aura fait briller pour moi l’année 2013 musicalement. Tout simplement parce que au delà de la technique, il est resté dans le noyau de AOS, une sincérité de faire de la musique pour ce qu’elle est , non pas d’abord pour une puissance de production, pour un assaut de la scène et de ses fans, mais non, vraiment pour dire  » voici ce que je sais faire, ce que j’écris depuis longtemps, et j’y ai laissé mon âme « ….Alors avant de partir dans l’interview proprement dite, j’aimerais que l’on commence de prime abord par un petit retour en arrière, parce que Architect of Seth, avant d’être une aventure musicale telle qu’elle est aujourd’hui, on a bien l’impression que c’est l’oeuvre d’une grande partie de ta vie Paul…Raconte moi un peu ton parcours musical en tant que musicien d’abord puisque tu es un multi-instrumentiste émérite, ta formation, tes diverses projets ,mais aussi en tant qu’humain ta rencontre avec Yohann, ton univers metallique mais également sans doute étendu à d’autres mondes musicaux….

Polo Salut Arch ! Pour situer un peu les choses, j’ai grandi parmi les vieux vinyles et cassettes des mes parents regroupant tout un spectre assez hétéroclite de ce qui se vendait dans les sixties et seventies. Pour autant aucun Van Halen ou Led Zep à la maison! Mais dans tout ça les prémices du rock quand même. Crois moi l’envie était bien là déjà à cette époque bien au chaud. L’influence de ces vieilleries et globalement de la musique « mainstream » allait très vite prendre le dessus sur tout bien que le milieu d’où je viens n’y fut pas propice pour ne pas dire hostile. Alors vers les 10 ans j’entends Highway to Hell à la téloche (à l’époque où elle passait de la musique donc) et là ben c’est parti… Mon caractère et ma détermination ont raison de mes parents, je me mets direct à la batterie et un peu plus tard à la guitare… Constatant un mépris total pour le hard de la part des profs de musique « académiques » vers lesquels je tente une approche (le fameux « si tu bosses pas mes partoches de Police tu feras jamais rien », merci du conseil!) , je choisis moi-même les Hetfield, Mustaine, Schuldiner, Malmsteen, Romeo, Ulrich, Hoglan , etc. comme profs particuliers… Loin de moi l’ambition de reproduire éternellement, j’ai toujours fait des compos dans le but ultime de produire des disques. 
Yohann : Salut Arch ! La rencontre avec Polo est le fruit du hasard d’Internet, entre 2006 et 2007 je dirais, quand Myspace était à son apogée.. Je ne me souviens plus de qui a trouvé qui le premier, mais l’élément déclencheur était la musique car à cette époque on passait des heures sur ce site pour dénicher des groupes. Bref, j’ai découvert AOS et lui ITB (Invocate The Butcher), on a échangé nos demos, le courant est passé… Il aura fallu attendre l’été 2012 pour qu’on se rencontre dans la vraie vie…
 

Magic Fire Music : J’ai découvert sur le tard tes deux démos puisque finalement je les ai eu dans la même période que la sortie de « The Persistence of scars », il est à noter que découvrir un groupe après un certain temps d’existence est parfois difficile car certains titres ou sons peuvent prendre un coup de vieux….au niveau de la production surtout. Bien que « Eldorado » et « Pax-labor » ne datent que de 2006 et 2007… Tout d’abord, on peut parler de ton chant. Qu’est-ce qui t’a fait littéralement changer de timbre, parce qu’on sent une différence plus que flagrante entre ces démos et votre premier album. Aujourd’hui tu as une voix beaucoup plus mature, moins gutturale, mais nettement plus contrôlée dans les variations…Je remettrais un coup en disant et ce, à juste titre, que ta voix est vraiment proche aujourd’hui d’un Mameli…
 
Polo : Il faut déjà savoir que de la même manière que j’ai composé et enregistré « The persistence of scars » seul, je me suis mis au chant par contrainte et non par vocation, ou désir de traduire un quelconque talent pour le coup… Je viens à la base du Heavy et du Prog, hors dans ma région je n’ai jamais trouvé un chanteur motivé et/ou compétent. Et moi je n’ai jamais eu la voix pour ça. Donc dans ma démarche de ne jamais céder au désespoir et donc à la facilité, je me suis mis brutalement à quelque chose de plus rugueux, ce lorsque j’ai découvert Theory in Practice, Martyr et Necrophagist. J’étais fan de Death, Obituary, Pestilence, Coroner, Sepultura depuis toujours, donc l’inspiration instru était là. Plus qu’à allier tout ça avec les Heavy allemand et ricain dont je ne me sépare jamais.Pour le chant je me suis donc fait violence et c’est venu assez vite. 
Le changement de « timbre » qui s’est opéré entre les démos de 2006/2007 et aujourd’hui ne m’est pas évident à analyser. Je considère Chuck , Mameli ou Van Drunen ou Tardy comme les voix ultimes car elles ont une singularité (voire mélodicité) qu’on ne retrouve pas dans le growl qui est beaucoup plus difficile à nuancer, même si je le vénère pour son côté abyssal. L’idéal étant d’arriver à allier les deux pour enrichir encore la musique (enfin ça se discute)… J’ai donc travaillé cette voix, repris du Morgoth et bien sûr bossé les répertoires de Death et Pestilence que je pratiquais depuis des lustres de toute façon, en accompagnant avec la gratte évidemment ! C’est donc venu assez naturellement. Mais j’en étais incapable en 2006 de la même manière que j’ai des difficultés avec ma voix grave aujourd’hui. Il y a sans doute des raisons mécaniques très logiques à ça, peu importe je suis arrivé à mon objectif, j’aime comme ça sonne sur l’album.
 

Magic Fire Music : Dans ces deux premières démos, si l’on compare, et l’on n’empêchera jamais les gens de comparer, on pouvait déjà percevoir  dans tes envies, cette prédominance d’introductions très « acoustiques » comme sur le titre « eldorado », ou encore  ces petits breaks « acoustiques » minuscules très présents au niveau des guitares, ce qui  d’ailleurs se constate aisément sur « The persistence of scars »…Est-ce que pour toi dans ce death metal technique que tu écris où l’esprit des ténors tels que Cynic ou Pestilence et consorts peut se percevoir, il est essentiel d’y incorporer justement ces interludes comme si la survie de ton death metal  était de rester constamment compréhensible ? Car même si aujourd’hui ta musique s’est vraiment affinée, on entendait déjà sur « Pax-Labor », une certaine évolution mélodique avec la première démo et cela annonçait pas mal les prémices du death que tu as écrit sur l’album….
 
Polo : La présence de ces intros acoustiques est un choix artistique rendant hommage au metal d’antan, celui qui a totalement conditionné ce que je suis aujourd’hui. C’est quelque chose qui se matérialise à mes yeux comme une montagne de sagesse au pied de laquelle je me prosterne en signe de respect, presque d’allégeance. Je parle des « Ride the lightning », « Master of Puppets » « Times does not Heal »,  « Alice in Hell », la nostalgie l’emporte toujours chez moi, c’est mon carburant et franchement, je réécoute le début d' »Alice in Hell », j’en chialerais presque ! C’est ce retour à la musique qui se fait émotion qui m’intéresse, pas les concours de bite permanents qu’on veut nous vendre aujourd’hui. 
Pour revenir à PAX LABOR et dans un soucis de rendre à César ce qui est à César, Math l’ancien guitariste en est l’auteur principal (à savoir les trois premiers titres). Moi, je ne me chargeais que des titres les plus barrés à l’époque ! Mais on peut s’y tromper tant nos sensibilités musicales découlaient de la même sève. Enfin, pour le côté indispensable de ces interludes, intros, outros, je dirais que c’est la conséquence logique de mon parcours : enfant très mélomane et passionné, adolescent fanatique, l’addition des deux est ce que je suis aujourd’hui. C’est pour quoi ma musique ne se réduit pas à du rentre dedans constant et le terme « prog » me va comme un gant car je n’ai pas de frontières dans ce death. C’est la somme de ma discothèque et de mes émotions toujours au service de la richesse musicale que je ne saurais dissocier une certaine efficacité « de la première écoute », l’impact immédiat (celui qui me submergeait lorsque j’étais ado en découvrant Death, Malmsteen, Motorhead, Venom, Exodus, Nuclear Assault…) sans déballage de technique digne d’un master-class… De plus je ne suis influencé par aucun paramètre actuel donc ça rend le truc cohérent et humain quoi qu’on en dise, je n’obéis qu’à mes pulsions de création.
  
 
Magic Fire Music : Toujours pour rester encore un peu sur tes démos, même s’il s’agit de questionnement non existentiel, je m’interroge sur la volonté à l’époque de celles-ci, qui n’est pas si reculée finalement, de ne laisser que vos adresses mails avec Mathieu Legrand, ce qui pouvait d’ailleurs laisser le loisir aux intéressés qui n’étaient pas dans votre environnement proche de ne vous découvrir qu’à travers des espèces de pseudonymes…On a l’impression qu’aujourd’hui tu as peut-être plus conscience de la simplicité des choses, comme on peut le lire dans le booklet de  » The persistence of scars  » où l’on sait immédiatement que AOS c’est Paul Rousseaux, avec des guitares additionnelles de Yohann Kochel, comme si tout était finalement aujourd’hui plus limpide…qu’en est-il ?

Polo : Pour moi le terme demo avait tout son sens à cette période. Avec Math on galérait depuis 10 ans tous les deux avec notre premier projet Heavy-Thrash-Prog (démarré en 96), le pré-AOS en fait. Des soucis de line-up constants, un non-aboutissement frustrant au possible… On a sorti un album quand même qui aurait été une vraie tuerie si on ne s’était pas improvisé chanteur, ingé-son, studio etc… Le niveau de compositeur de Math était déjà exceptionnel et moi j’avais déjà la rage de vaincre. Et c’est là que j’ai créé ce projet death pour pouvoir se lâcher enfin en faisant quasiment la même musique mais avec une voix porcine, ça c’était techniquement possible. Et puisque tous nos potes de l’époque nous avaient plantés, le concept était déjà tout trouvé : composer du matériel le plus vite possible, le mettre sur un disque et éjecter ça en live aussitôt, qui plus est à deux, coûte que coûte. Une sorte de revanche brutale quoi. D’autant que la scène locale death de l’époque était inexistante, on a pas mis longtemps à se faire une petite place, l’accueil a été cool, on était une sorte d’OVNI aussi. Les demos ont été élaborées pour justifier le fait de donner des concerts à droite à gauche, se faire un petit nom comme faisait les fondateurs du genre. Pas besoin d’un grand blabla, juste signaler qu’on était là depuis des années, dans l’ignorance générale, et que désormais on venait juste pour vous botter le cul.
Yohann : Dans ce maelström qu’est Internet, il est devenu nécessaire de simplifier les choses pour tout le monde. C’est pourquoi nous avons décidé de ne donner que l’adresse mail officielle du groupe, que tu retrouves sur nos liens Youtube ou sur les réseaux sociaux par exemple. Cela nous permet de communiquer facilement avec n’importe qui sans nous éparpiller.


Magic Fire Music : J’en terminerai là sur le passé, les claviers d’AOS de l’époque des démos étaient plus agressifs peut-être, lorsque l’on prend un titre comme  » Related facts  » on se dit qu’il y a quelques relents d’un Crematory ou d’un Nocturnus, sans parler de construction ou de structure, mais plus de volonté d’intégration des claviers, sans que ce soit des nappes, alors qu’aujourd’hui peut-être que ce que tu as intégré dans cet album est plus anecdotique puisque l’on sen rend compte surtout sur un titre comme  » Hybrid consuming flesh  » même si la partie de piano de  » Embrace of anguish  » semble plutôt dire le contraire…mais ça reste un son  » piano  » plus que des sonorités de claviers traditionnels…Je veux dire que quelque part le clavier de AOS est sans doute omniprésent mais moins mis en avant aujourd’hui…Est-ce que tu as évolué dans ton désir d’intégrer ou pas du clavier dans ta musique, en tous les cas sur la manière dont tu as voulu le mettre en valeur Même la basse que l’on pouvait vraiment percevoir clairement sur la démo  » Pax-Labor  » est aujourd’hui différente, ce qui finalement enlève de l’influence trop flagrante de certains groupes sur AOS pour certainement plus de personnalité non ?

Yohann : Je ne sais pas si on peut dire que les claviers sont moins présents, je dirais plutôt qu’ils sont là pour mieux appuyer la musique, créer une ambiance, mettre en avant certains thèmes ou petites « envolées ». Il en va de même pour la basse qui ne sonne plus comme une putain de mitraillette, hahaha… bref, on avance, toujours avec cette optique de créer un ensemble cohérent. 
Après, ces sons de clavier, on les aime ou on les déteste, mais ils sont assumés et surtout étroitement liés à nos influences (citées partout d’ailleurs).
Polo : Il faut dire aussi qu’il s’est passé 6 ans entre PAX-LABOR et Persistence. Pendant ce temps j’ai énormément médité sur les pionniers du genre car mon but ultime a toujours été de créer l’album de mes rêves, celui que j’aimerais découvrir d’une autre formation. J’ai donc pris le temps pour ne rien laisser au hasard. J’ai également pris beaucoup de recul sur nos dernières productions ainsi que sur la scène metal contemporaine pour ne me concentrer uniquement sur l’essence du metal, le classieux dans la simplicité.  Pas de surenchère de production, le moins de compression possible quitte à garder le côté roots des débuts, une facilité de compréhension de tous les instruments : c’est ce à quoi j’ai veillé jusqu’à la terminaison du cd. Les années ont donc joué un rôle assez important dans ma vision globale du produit fini. Pour ce qui est de l’aspect technique, pour les demos on a fait ça avec des bouts ficelle, on était extrêmement démuni niveau amplification, guitares, MAO et compétences. Après les demos et après des années d’économies, je me suis payé du vrai matos et c’est celui qui a servi entièrement sur l’album. Tout est là je pense, les sons sont de meilleure qualité et l’ensemble et beaucoup plus travaillé, je ne suis pas prêt de renier les compos de PAX-LABOR et Eldorado car moi je les ai toujours imaginé avec une telle prod, pas un son de batterie et de guitare minuscule…  J’ajouterais que le fait d’avoir travaillé seul sur l’album m’a permis de prendre le temps de peaufiner à l’extreme sans avis extérieur sans jamais dévier de ma trajectoire de fait. C’est une oeuvre solitaire à la base,  là réside à mon avis un certain équilibre.
 




Magic Fire Music : Allez, laissons les démos et occupons nous de ce « The persistence of scars ». Un album ni court ni long, mais pour lequel on aurait pu prévoir une envie de mettre un maximum de choses que tu n’avais ou n’aurais pas pu mettre avant soit sur les démos ; soit juste depuis tellement longtemps, car je sais bien que lorsqu’un album se fait attendre par manque de musicien ou à cause des aléas de la vie, on peut être tenter d’insérer trop d’idées qu’on n’a jamais matérialisées et qui peuvent rendre relativement abscons le contenu d’un album…Au contraire on a l’impression qu’ici les doses ont été bien gérées, il n’y en a ni trop, ni trop peu….Est-ce que lors de, peut-être pas de l’écriture elle-même des morceaux, mais de la construction de l’album en tant que tel, tu as éjecté, viré, occulté certaines choses par souci de ne pas trop encombrer l’album ? Je sais mes phrases sont longues parfois….

Polo : Mais non pas du tout … Comme je le rabâche souvent (rires) j’ai une vision globale de laquelle je ne dévie pas d’un cil, quitte à paraître tyrannique. C’est comme ça aussi au niveau de l’artwork, l’ensemble doit refléter ce que nous sommes indépendamment de tout critère commercial. Je prends d’ailleurs en compte tout les paramètres qui font qu’aujourd’hui je ne trouve plus mon bonheur dans les nouvelles sorties : trop long, trop conceptuel, trop intello, trop technique ou tout ça à la fois, c’est à dire sans âme… 
Donc, dans ma quête de revenir à l’essentiel, je trouve que 7 titres c’est l’idéal. Rapport aussi et surtout à ce que je n’écoute plus de cd que dans ma bagnole faute de temps, donc un concept album de 50 minutes, j’en rate les trois quarts, alors que quand je me met un Kiss ou un Running Wild il est bouclé dans l’allez retour, direct, efficace, sans fioritures…


Magic Fire Music : Finalement combien de temps t’aura pris l’écriture de cet album, je ne parle pas de l’enregistrement, des orchestrations, non je parle simplement des idées, de la manière dont tu avais envie que ça sonne, de la manière dont tu avais envie que tes morceaux prennent vie, de la manière dont tu voulais que ton death metal emprunte tel ou tel chemin ? Est-ce que cela aura pris des mois ou pas, parce que je suppose qu’à côté de ça, tu n’as pas que ça, vu qu’on sait que tu joues aussi en tant que batteur pour Mylidian qui a sorti son album récemment, le temps manque souvent cruellement non ?

Polo : Certains titres ont été composés en 2005 ou 2006, notamment « Teacher of Nocturna » , donc tu vois je suis tout sauf une machine, et tout seul c’est dix fois plus long. Et la composition c’est 90% de bidouillage informatique, ce que je déteste par dessus tout. Mais comme tu l’as souligné je consacre mon temps à divers projets et évidemment, durant cette période un peu trop vide, j’ai composé bien plus qu’un album, puisque en dehors du Death je n’abandonnerai jamais mes premières amour du heavy classieux à la Malmsteen, Shadow Gallery, Blind Guardian… On y reviendra un de ces jours…

 
Magic Fire Music : Est-ce que tu n’as pas été tenté d’insérer des gros plans de morceaux d’avant ?

Polo : Non. Jamais, surtout pas pour le premier album ! Je me devais de réaliser un album complet sans repiquage. Vu le temps que ça a mis quand même, c’était la moindre des choses. De plus, l’inspiration est fertile. Question d’orgueil aussi, je déteste le recuit chez les autres, le principe des best of, des cover band, des remasters etc… je vois ça comme un abandon à la facilité, le pire étant évidemment que ça se vend…


Magic Fire Music : La co-habitation avec Yohann est-elle plus en osmose qu’elle ne pouvait l’être avec Mathieu Legrand à l’époque, sans savoir aucunement s’il y a eu des dissidences entre vous… ? D’ailleurs le rôle de Yohann dans l’aventure de  » The persistence of scars  » a-t-il été prépondérant dans l’élaboration de l’album à quelque niveau que ce soit ?

Polo : Pour éclaircir un point que beaucoup ignorent sans doute, Math a du cesser la guitare définitivement car ses mains ne lui permettaient plus. J’ai retrouvé avec Yo quelque chose d’assez ressemblant tant dans la complémentarité qu’au niveau humain. On aspire tout les deux à être avant tout des potes. Le niveau de notre duo est proportionnellement similaire à celui de l’époque de Math et l’envie et l’inspiration sont pour l’instant au rendez-vous donc ça ne peut que marcher.
Yohann : Pour revenir un peu en arrière, il ne m’était jamais venu à l’idée d’intégrer AOS avant que Paul ne me fasse écouter les démos de l’album en 2012. Bien sûr, il m’avait déjà fait des propositions après le départ de Mathieu, mais passer juste après lui me semblait mission impossible… AOS quoi ! ! !
Après avoir écouté « The persistence of scars », j’ai pensé qu’il serait vraiment dommage de ne pas tenter ma chance et de passer à côté de cette bombe. Et ça a collé… musicalement et surtout humainement ! Je crois qu’on peut dire que nous sommes devenus amis depuis un petit moment déjà.
Concernant mon travail au sein d’AOS, comme je le dis souvent à propos de l’album : c’était un diamant brut que j’ai juste contribué à polir… Paul est un compositeur comme on en fait peu mais parfois il ne se met pas à la place de l’auditeur lambda (rire)… c’est à ce stade-là que je suis intervenu, pour faire en sorte que son travail soit mis en avant. Il a fallu tout dépoussiérer, préparer chaque piste, créer des bases solides moins galères à mixer. J’ai reprogrammé la batterie de Polo avec du matos plus dans l’air du temps, travaillé les nuances, les automations, enregistré des pistes manquantes sur 2 morceaux, ce genre de trucs. J’ai passé 1 an de ma vie avec un casque sur les oreilles à décortiquer cet album, hahaha…
Bien évidemment, comme tous les amis, il nous arrive parfois d’avoir des points de vues différents mais notre force, en plus des nombreuses idées qui nous traversent l’esprit, passe par la discussion et l’échange, dans un seul et unique but : la musique ! Et ce travail est encore plus simple quand on discute entre amis ! Au final on se complète plutôt bien et je n’ai eu aucun mal à trouver ma place au sein d’AOS.
Pour finir, on a appliqué cette méthode de travail pour l’artwork, le teaser, la promo, etc.


Magic Fire Music : Il serait en l’occurrence fort intéressant de connaître le parcours de Yohann pour le coup, si tu pouvais nous en dire plus sur toi et sur tes projets même les plus…  » ruraux « , car au delà de l’humour on ne peut que reconnaître la bonne maîtrise de ton instrument également lorsque l’on découvre Invocate the butcher qui nous rappelle un peu les frasques des landais gascons de The inspector Cluzo, mais façon death à la place du rock psychédélique, alors pour la petite parenthèse, je t’invite à nous présenter le bébé dès maintenant….

Yohann : J’ai découvert le metal vers l’âge de 10 ans avec les premiers Maiden. Puis, a l’adolescence, j’ai monté un groupe de death/thrash avec des copains fans des vieux Sepult’, Slayer, Death, etc… Bref, le parcours classique du metalleux de cette génération qui rêve de monter sur scène (enfin, dans les bars surtout). Pour te la faire courte, le temps est passé par-là et chacun a suivi son chemin. Je suis le seul a avoir continué, dans un premier temps au sein d’un groupe de heavy (Psytronix) qui avait déjà sorti un album et avec lequel j’ai enregistré le 2ème en 2002 (Servilization). Puis, en 2003 j’ai quitté le groupe pour des divergences musicales. A ce moment-là, je me suis retrouvé seul et je n’avais pas la motivation de former un groupe avec des inconnus. Pour moi, la musique est synonyme de partage et il est important de bien s’entendre avec les autres zicos… L’idée même de me pointer en répète comme si j’allais au travail me file des boutons… Je n’ai plus la patience pour ce genre de choses, haha… 
C’est la raison pour laquelle, je me suis penché un peu sur la MAO, la programmation midi, pour pouvoir continuer tout seul chez moi… A cette époque, je passais des heures à me familiariser à certains outils, à programmer de la batterie, des claviers et à enregistrer des morceaux plus « personnels » qui ne verront probablement jamais le jour… Et en parallèle, en 2003 j’ai eu l’idée de créer un groupe de death, Invocate The Butcher, sans prétention, avec mon frangin Michaël qui est un putain de growler. 
N’ayant rien d’intéressant ou d’original à raconter, et étant originaire de la Dordogne, département réputé pour son terroir, le concept d’ITB s’est imposé de lui même : du « rural » death ! C’est quoi ce truc ?! Musicalement, c’est un mélange de thrash et de death (pas du grind, comme le concept pourrait le présager). Mais au lieu de parler du son que fait une tête coupée en tombant au sol, je préfère évoquer celui d’une cuisse de canard frétillant dans une poêle… là, ça m’inspire (rire) ! Avec du chant en français, bien évidemment… j’aime notre langue ! Et surtout, je n’aime pas me prendre la tête. De toute façon, j’ai toujours pensé que growler en anglais, portugais ou wolof n’a aucune importance car finalement on ne pige pas grand chose sans les textes devant les yeux, hahahaha. Bref, on a enregistré quelques titres, à mon rythme (car je suis vraiment très feignant…. je stocke des riffs sur des disques durs en attendant). Depuis 2011, Marc, un virtuose du cor français (si, si !) a rejoint l’aventure… maintenant, faudrait que je me sorte les doigts pour faire un album. Certainement pour 2034, comme le prochain Necrophagist !!!


Magic Fire Music : Revenons à nos moutons, Architect Of Seth…A un moment donné lorsqu’on rame trop pour trouver des musiciens effectivement on a tendance à prendre le taureau par les cornes et tout faire soit-même. D’où justement cette boite à rythmes programmée par toi-même…Bien qu’un boite à rythmes peut avoir largement ses atouts, Necrophagist ne nous contredira pas, dans la mesure où tu joues la batterie pour Mylidian, pourquoi dans ce cas ne pas avoir réalisé les batteries sur votre album finalement ? A moins que la difficulté ait été de taille…. D’ailleurs est-ce que la recherche de musiciens pour les éventuelles scènes de Architect Of Seth à venir ont été fructueuses ?

Polo : Une fois l’album achevé tel que tu le connais, j’estimais ne rien avoir à prouver et cette batterie était bien assez à mon gout. Je n’étais pas non plus absolument certain de faire mieux sans y passer des semaines et il était hors de question de se payer des heures de studio pour un résultat incertain. Au delà de la prouesse toute relative d’être également l’auteur des parties batterie sur le CD, le but premier reste d’avoir un groupe au complet pour la scène, donc la « soloitude » trouve là ses limites.
Sinon dans un souci d’honnêteté, je n’ai jamais caché l’utilisation de sons synthétiques, mais pour le coup j’aurais très bien pu faire croire que c’est un vrai batteur (tellement de grands groupes l’ont fait). Je suis bien certain que 90% des auditeurs n’y auraient vu que du feu, ça aurait au moins évité les remarques à la con de certains chroniqueurs,  le genre de mec qui cherche un truc indéniable à dire parce que à part ça il entrave que dalle à notre propos (après tout ils trichent bien eux derrière leur pseudos, et leurs torchons bâclés en 5 minutes, c’est écrit sur le cd « programmings »)… le reste, l’essentiel du boulot de critique, ça demande beaucoup de travail et de passion pour être pertinent _lisez un peu les articles de Arch les gars_. 
Enfin bref, quand on voit la gueule de bon nombre de prods de batterie actuelles, ce son en plastique alors que les mecs ont passé des jours en studio, je vois pas l’intérêt. Cela dit il se pourrait que par la suite, j’envisage d’enregistrer la drum, c’est aussi pour beaucoup une question de temps, de matos (toujours), et d’être bien entouré au moment voulu. Concernant l’activité live, on y travaille, les choses sont en cours. Le principal problème est que trop de musiciens de ce pays se prennent pour ce qu’ils ne sont pas parce qu’ils ont 2 ou 3 trophées, sont sponsorisés par une marque de tee-shirt, ou battent des records de vitesse… Là s’arrête la passion à mon avis, lorsque qu’on me dit « ok c’est excellent ce que vous faites, en plus en ce moment je fais rien donc j’suis partant… mais au fait combien vous me donnez ? » _ben appelle David Vincent mec il va sans doute être bluffé par ton niveau_ …  
C’est juste que:
1. Il y a toujours mille fois meilleur que soi, 
2. La vie est trop courte pour attendre un coup de fil de D. Vincent, 
3. Ca fait 20 ans que je fais de la musique et je trime à côté pour pouvoir continuer. Depuis quand on gagne sa vie en faisant du Death ?? Demande à Franck Mullen ou Bill Robinson (tu vas me dire les States et leur système social…).


Magic Fire Music : Aujourd’hui on parle souvent de la performance de la production pour parler d’un album, avant de parler de la performance des compositions, ce qui est assez injuste et montre que les gens actuellement peuvent être moins regardant vis à vis de la qualité d’écriture, bien que cela ne soit peut-être pas une généralité, mais tout de même…On en a déjà parlé, mais vous êtes allés chercher David Thiers et El Mobo pour la réalisation mixage et mastering de la bête…Finalement deux personnages de la région bordelaise dont l’un n’est pas forcément dans un environnement de metal extrême….Et peut-être que c’est ce qui donne à l’album cette couleur moins  » trendy  » que peuvent avoir les productions actuelles non ? Comment fait-on pour aller chercher David Thiers afin qu’il mixe un album de death metal ?

Yohann : Faire appel à David était une idée que j’ai soumise à Polo. David est un vieux copain de Périgueux que j’ai rencontré quand je jouais dans Psytronix… il se trouve qu’il a joué lui même dans le groupe par la suite. Je savais qu’il s’était lancé comme ingé-son et qu’il sonorisait pas mal de groupes et de concerts sur Bordeaux. Je lui ai proposé de mixer notre album, envoyé un ou deux morceaux et il a accepté de participer à notre aventure. Aussi simple que ça… C’était son premier album et il y a mis toute son énergie ! 
David, en plus d’être super sympa, est hyper pro et d’une patience rare, on ne le remerciera jamais assez pour sa présence et son travail. 
Bref, il faudra compter sur le « Secret Place Studio » à l’avenir !
Pour le mastering, au départ il était prévu que David s’en charge. Celui-ci, étant en contact avec Mobo, lui a fait écouter un morceau (Engender) qu’il s’est proposé de masteriser « pour le fun ». Le résultat était concluant et David s’est proposé de lui-même de céder sa place à Mobo. La suite, tu la connais.


Magic Fire Music : Ce qui est intéressant à l’écoute des chansons présentes sur votre album, c’est que l’on ressent réellement cette inspiration basée sur les rêves, les cauchemars, autant dans l’artwork, la front cover surtout, que dans la musique. Cette côté onirique des paroles est majoritairement représenté sur l’album, mais sur « Tears empty of sadness » au delà des sources citées, peut-on y voir une critique de la société actuelle tout de même ? Lorsque tu dis que tu parles des générations qui grandissent avec des illusions, que nous n’avons que ce que nous méritons….Est-ce que sur ce morceau particulièrement il n’y a pas un ras-le-bol de notre réalité plus qu’une matérialisation des tes rêves ou cauchemars ?

Polo : Tout à fait, mais ne s’agit il pas là d’un cauchemars éveillé suivant quelque part la logique de l’album ? (Cela dit pour aller dans ton sens, ce titre est le moins imagé car beaucoup moins personnel). Notre réalité nous contraint, il me semble, tous les jours à plus de condescendance au point de devenir totalement passif et soumis. Une volonté assez instinctive de rester magnanime et supportable pour celui ou ceux qui partagent votre vie. J’imagine que ceux qui on le verbe haut, la réplique facile et une connaissance apparemment sans borne de… tout (donc rien) derrière leurs écrans sont bien seuls en fait… Il m’est difficile d’enrayer les choses qui sont en cours, cette impression de suffocation, d’imposture constante dont nous sommes les témoins complices à différents degrés.
J’ai donc la lâcheté de déposer mon fiel dans mes lyrics, qu’au moins la plupart ne liront pas, et de refuser clairement le débat politico-social en règle générale considérant que c’est un outil instrumentalisé depuis la classe préparatoire. Le débat n’existe pas fondamentalement, tout comme la démocratie, tout ça est une vaste blague, c’est ce que dit en gros ce morceau : « je me moque de tes états d’âme, je m’oppose debout à ce qui engendre des choix qui nous sont imposés ». Et la vie est finalement trop courte pour trancher mais de là à se ranger toujours du côté des plus puissants et des vermineux et à la langue de bois bien pendue qui nous gouvernent, il y a un monde ! Ces crevures excellent au moins dans l’art de diviser et on voudrait me faire croire que le débat social existe ?! L’aveuglement oui… Mais au delà de ces « grandes causes » insolubles, effectivement la crainte réelle de lendemains bien plus sombres, non pas dus aux divers truchements politico-financiers mais à la perte progressive et inexorable de toute conscience, morale, réflexion. A l’aube d’une vie de père il se peut que ces questions virent à l’obsession. Cela dit j’me suis sans doute trompé d’époque, voire de monde.
Yohann : Pour la cover, c’est un peu pareil… chacun y voit ce qu’il veut finalement. Pour moi, elle a une signification qui est peut-être un poil différente de celle de Polo, de la tienne ou de l’auditeur lambda… en cela, elle est à mon sens intrigante et intéressante… à l’image de son évolution, de sa conception. A l’origine, Polo avait pris cette photo de paysage que l’on retrouve à l’intérieur du livret et qui devait être la cover finale. Et… C’est étrange ce qu’une une simple photo peut créer dans l’esprit humain, lorsqu’on s’y attarde… le hasard veut que, chez moi, elle laissait entrevoir un regard à l’horizon, dans la lisière d’une forêt et son reflet dans l’eau. J’en ai causé avec Polo et on est finalement parti dans cette direction.
On rentre après dans la symbolique propre à chacun… pour moi, associée au titre de l’album, à ces branches d’arbres mélangées aux rides d’un regard intense, grave et profond, on retrouve cette notion du temps qui passe irrémédiablement malgré nos gesticulations… on naît, on meure, c’est la seule certitude sur cette planète ! Entre les deux, on essaie de vivre chacun avec nos démons, nos expériences, bonnes et mauvaises, nos… cicatrices ! C’est ce que cet album représente pour moi… et je pense que cette idée n’est finalement pas si éloignée que ça des textes très personnels de mon pote.
 




Magic Fire Music : On a la sensation que l’album  est en  fait une odyssée, un épopée de tes pensées profondes effectivement puisque c’est plus ou moins présenté comme tel, mais il faut vraiment s’y pencher dessus…Car lorsque tu mets que « Where silence reigns echoes eternity » est basé sur un voyage spirituel qui t’a profondément marqué. Il faut vraiment arriver à comprendre et noter que « where silence reigns… » commence au tout début de l’album et se termine sur « Teacher of nocturnus »….Parce que finalement lorsqu’on a bien compris le sens et la portée des paroles, ont réalise en fait totalement les ténèbres de certaines chansons et la terminaison de l’album musicalement parlant….On comprend l’artwork, on comprend l’ambiance, tout se place comme un puzzle et c’est fort…Est-ce que je suis dans le faux avec cette interprétation ou plus un moins proche de ce que tu voulais exprimer au travers de « The persistence of scars » ?….

Polo : Tu as tout compris (mais on est toujours seul dans sa folie à mon avis). C’est le résultat d’un travail solitaire ayant démarré très tôt. En effet ce n’est pas un récit ou l’épopée d’un dieu mille fois adaptée et romancée (seul « Engender of confusion », qui aurait pu s’appeler « Architect of Seth », n’a pas une grande portée spirituelle). C’est un recueil d’émotions, pour beaucoup des traces de souffrances intérieures (persistantes), dues à des moments de suffocation délirante à l’issue pour le moins incertaine (toujours sauvé des ténèbres par l’écriture heureusement), des questions restées sans réponses, des expériences de mort aux images qui vous hantent et qu’on ne peux mieux raconter que par la métaphore. Car il suffit de vivre, travailler, et toujours se poster humblement en observateur pour trouver l’inspiration finalement.
Et comme la souffrance n’est pas un commerce (ne devrait jamais l’être en tout cas), je laisse délibérément le loisir à qui voudra comprendre le sens de ces mots de fouiller dans sa propre conscience. Les 7 titres sont clairement des tranches vies dont le sens m’appartient, et il m’est difficile de transmettre l’émotion autrement qu’en transcendant l’affliction et s’en servir utilement, en en faisant une pièce dramatique, ça tombe bien la musique est là pour ça. Pour tout le reste qui est du domaine de l’intime il y a les gens qui m’entourent.
Pour revenir tout de même à ta question empreinte de bon sens ; et qui traduit encore une fois ta volonté de bien faire et surtout ton respect indéniable de notre humble travail ; « Where silence reigns…echoes eternity » est un 8ème titre volontairement camouflé et orchestré de cette manière : intro/outro, ce qui veut dire qu’il démarre à l’intro de « LFDY » et se termine sur l’outro de « Teacher of Nocturna» sans avoir de corrélation avec les thèmes des ces deux morceaux.
Ce titre est en fait un épitaphe : celui d‘un tombeau ouvert, l’Afrique… Et il a cette valeur symbolique sur l’album. Plus précisément l’épitaphe qu’on pourrait lire en entrant dans un des hauts lieux de l’esclavage négrier des siècles passés (pas que ce dernier n’existe plus, il a juste changé de forme). Celui qui a raisonné dans ma tête et s’est imposé à moi  lorsque je me suis présenté au bout d’un couloir de ténèbres à « la porte de non retour », au jeu de contrastes d’une trappe de lumière ouverte sur l’océan en un précipice de reflets brûlant, de vagues et de rochers, et au delà de laquelle par le passé j’aurais, après avoir été vendu, embarqué vers l’occident ou trépassé servant de repas au requins. 
Au delà des mythes et remises en question permanentes de l’histoire dont il est de bon ton de faire le business aujourd’hui (cette hiérarchisation victimaire privative tellement galvaudée qu’on nous sert à toutes les sauces depuis qu’on est gosse et qui n’appartient de toute évidence qu’à ceux qui en ont les moyens…), on ne revient pas indemne de pays aussi chargés de souffrance, ou l’on crève dans la dignité avec le sourire, parce que c’est une volonté divine, sans rancune… Une leçon de vie qui renvoie presque le reste de mes complaintes au rang d’anecdotes nombrilistes; un thème musical qui enrobe l’album comme une ultime invitation au voyage, car pas de spiritualité sans un minimum d’ouverture sur le monde, sans conscience de notre condition. Voilà, cela signifie simplement : il est des sanctuaires en ce monde dont la profanation s’inscrit dans l’éternité, pour leur richesses naturelles, leurs points stratégiques guerriers et de soumission… un chant d’esclave comme seul réponse possible, quoi d’autre ?
Quand à l’artwork… il est en étroite corrélation avec les titres les plus dépressifs du cd (« Transhumance astrale » et « Embrace of anguish » surtout)… Un visage qui semble marqué par une vie de souffrance dont les rides sont autant de questions restées sans réponses, de plaies ouvertes ; un témoignage de sagesse flottant tel un spectre sur une rivière passant à cent mètres en contre bas de là ou j’habite, chargée de souvenirs et de fantômes et dont le fil de l’eau se représente à mes yeux comme les méandres d’une destinée… 
La photo de la rivière, je l’ai prise presque jour pour jour un an avant la sortie de l’album, c’était en automne… prendre le bon cliché m’a pris deux ans, la faute à un cache cache permanent avec le soleil (mais tout se mérite). Car c’est ce couché de soleil automnal que je voulais rassurant et oppressant à la fois, la froideur et la lumière ardente d’une fin d’après midi dans une nature qui se meurt. Vue d’une berge, l’horizon où les rayons du soleil se confondent avec la brume, quoi de plus transcendant… L’ambiance parfaite pour regarder la vie autrement.


Magic Fire Music : Quelle était l’importance de mettre certaines phrases en valeur dans le livret, par leur caractère gras ? Au delà de la répétition des titres mais peut-être pour mettre en exergue certaines pensées…

Yohann : Pour le coup, l’explication est simple et relève de la mise en page des textes. Nous avons souhaité que les refrains soient mis en avant, d’où les caractères gras… tout n’est pas toujours compliqué dans nos têtes, hahahaha !
 

Magic Fire Music : Puisque l’on est toujours dans l’explication de textes, c’est vrai que ça peut paraître très scolaire, mais bon, au milieu de tout ça, vous avez choisi un titre, qui à moins que je ne me fourvoie est en français « Transhumance astrale » et ici bas, toute chose a une explication…La spiritualité prend-elle tout sa dimension lorsqu’elle est exprimée en français ?

Polo : Exactement… Je suis clairement frustré de ne pas utiliser ma langue maternelle, je considère que c’est un des derniers bastions que l’on se doit de défendre, d’une richesse sans pareil. Le problème est que le chant Anglais colle beaucoup plus à ce type de Death à mon avis, surtout phonétiquement, à moins que je ne manque d’expérimentation (mais dans ce cas j’assume parfaitement le chant anglais aussi « banal » soit-il considérant clairement pour AOS transmettre les sensations par la musicalité avant tout) … Je mène donc un combat permanent entre les textes d’origine que j’écris en Français littéraire, poétiques et métaphoriques à souhait et les lyrics définitifs que je façonne au cours de la composition des morceaux avec les contraintes rythmiques et purement techniques dues à mon jeu de guitare. Allier à ça un désir de fluidité et de groove (comme pour un chant claire), et la volonté farouche de retranscrire le plus respectueusement possible l’idée de départ, c’est un travail très compliqué et déprimant à la fois… Car effectivement, sans être traducteur, on perd souvent en spiritualité tant les expressions françaises sont parlantes et colorées. Je crois qu’on ne peut simplement pas exprimer mieux ses émotions que dans sa langue natale. Ainsi le titre « Transhumance Astrale » donne lieu naturellement à une certaine fascination lorsque abordé par un francophone… quoi de plus naturel ?  Pour le coup, ce titre m’est donc apparu comme une évidence, tant le morceau est empreint d’une aura spirituelle et mystique, un appel au voyage et aux rêves dans un total abandon de soi qu’il m’a été douloureux de travestir…


Magic Fire Music : C’est un premier album et en toute honnêteté c’est une réussite musicale quelque soit le chemin que prendra celui-ci..C’est d’ailleurs , vu de l’extérieur, très bien que vous ayez signé avec Great Dane Records qui reste pour moi un des meilleurs labels français, si ce n’est le meilleur, en matière de découverte de talents. Il semble effectivement que la France a un incroyable talent en matière de metal extrême haha…Je suppose que choisir de sortir un album en autoproduction ou effectuer des recherches avec un label a dû être matière à longue réflexion en pesant le pour et le contre, si l’on a un réseau suffisamment large pour pouvoir sortir un album seul ou pas….Qu’est-ce qui pour toi a pesé dans la balance dans le choix de recherche d’un label d’abord, mais aussi dans le choix de Great Dane Records ? Parce que je suppose que ce n’est peut-être pas la seule porte à laquelle vous avez tapé, à moins que si, et dans le premier cas, avez-vous attendu les réponses d’autres labels ou avez vous sauté sur le premier qui s’est manifesté positivement à vos attentes ?

Yohann : Faire appel à un label était une idée de Polo. J’avoue avoir toujours été contre avant la signature, peut-être par crainte, scepticisme ou « orgueil » (penser qu’on peut s’en sortir sans personne)… l’expérience nous a montré que le death metal n’échappe pas au business et que, finalement, les labels pensent d’abord à la thune à court terme avant de penser « passion »… Ils ont leurs raisons mais moi je ne fais pas de death metal pour celles-ci… le tout est de trouver un terrain d’entente entre nos principes et la réalité du « milieu »…
Bref, c’est Polo qui avait raison : Un label nous permet d’avoir cette crédibilité qu’on n’aurait peut-être jamais eue en indépendant. Et Great Dane est celui qu’il nous fallait !
Polo : Surtout, qu’on avait déjà sortis les demos en auto-prod… et que le jour ou notre activité a cessé avec Math, les demos me sont restées sur les bras (jusqu’à la sortie de « Persistence » d’ailleurs) et la plupart des gens qui nous « suivaient » se sont résolus à penser qu’on avait splitté, tellement plus simple et convenu, faut pas en demander trop…
Clairement, sans label tout le monde se contre-fout de ce que tu fais. Tu restes le groupe du coin qui répète dans son garage. Un gars de par chez moi que je connais depuis des années m’a dit récemment grosso modo « tiens, j’viens de voir que t’as un groupe, j’ai même écouté le cd en magasin, c’est carrément super j’en reviens pas, on dirait un groupe de niveau international »… ça illustre parfaitement mon propos … Tout est une question d’illusions dans ce monde, si demain tu sors une parfaite bouse, mais qu’un gros label t’organise une promo béton, ton nom circule et ça suffit pour cartonner. On voit ça tout les jours. 
Quant au choix de Great Dane Recs, les raisons sont simples :
1. Je me suis résigné à solliciter des labels français pour le côté pratique (c’était sans compter sur les bâtons dans les roues qu’ils se balancent tous entre eux… notre beau pays et ses valeurs si nobles…), ce qui n’était pas mon choix de départ dans ce pays de rappeurs qui perd son identité un peu plus chaque jour et ou l’ambition est trop souvent guidée par l’appât du gain. Bref, une sorte de rêve américain décidément bien tenace… et en dehors de ça j’ai mené ma ptite enquête directement auprès des groupes signés et non signés, rien de plus efficace pour faire le choix final…
2. Great Dane doit être le premier label français que j’ai sollicité tout simplement parce que j’adore la plupart de leurs groupes : en tant que fan de old-school, Carcariass et No Return en tête et pour le reste, y a vraiment rien à jeter. Ils sont clairement dans la qualité avant le côté « business is business », clairement orienté dans un style et ne mangent donc pas à tous les râteliers, ce qui pour moi est très parlant d’emblée. Pas de frime juste un projet à taille humaine.
3. Ce sont les seuls qui m’ont passé un coup de fil, et donc établi d’entrée un contact humain, alors qu’ils avaient reçu l’album à l’état d’ébauche, eux… Les autres n’ont soit même pas pris la peine de répondre, soit m’ont pris pour un poulet de quinze jours me faisant miroiter un succès sans frontières grâce à leur énorme machinerie promotionnelle (même Mac Do fait pas mieux c’est dire..) mais sans jamais se mouiller à proposer quelque chose de concret, seulement avec ou sans label on allait le sortir à la période prévue quoiqu’il arrive, personne ne décidera pour nous, on a rien à perdre…
Bref, pas vraiment évident, surtout que j’ai prospecté pendant au moins un an, par mails, envois postaux de cd promo, et même de visu, sortie de teaser de l’album, « clip » d' »Engender of confusion » (ah bon ça suffit pas ?? ben merde !)… Le truc c’est que les mecs se prennent souvent pour ce qu’ils ne sont pas et te donnent l’impression de te ramasser dans le caniveau… Une fois qu’ils comprennent que t’en à rien à carrer de leur business et que toi tu comptes pas sur la musique pour bouffer, ça joue les offusqués, les dénicheurs de talents qui veulent te donner une leçon en te faisant comprendre qu’une telle chance ne se refuse pas, ça te traite de star ahahahahah … l’absence de dignité absolue…


Magic Fire Music : Je suppose et j’espère en tous les cas que vous êtes en préparation de concerts pour l’année qui commence, et dans ce cas comment se passe les répètes si répètes il y a ? Parce que inviter des gens à jouer  des morceaux que l’on a écrit intégralement peut demander parfois de la retenue quant à la manière d’indiquer  l’interprétation que l’on souhaite et l’interprétation que  certains peuvent leur donner eut égard à leur propre style qui peut ne pas correspondre à l’idée que le créateur se fait de la musique qu’il a écrite…

Polo : Rien de tout ça, il manquerait plus qu’en plus de ne pas facilement trouver de musiciens motivés on traite les potentiels postulants de façon tyrannique ! On a des années de musique dans les pattes et avons vus des centaines de concerts, donc on sait ce qui marche étant des 2 côtés de la barrière. Et ce n’est pas une note un peu « free style » qui va changer la donne. Les répètes sont à l’image de ce que tente d’inspirer le CD, la passion par le coeur… Pas d’efficacité sans symbiose, motivation, plaisir, partage (rarement)… Ca se passe donc pour le mieux, pour autant le line-up sera officialisé en live, ce qui récompensera le travail accompli, c’est un graal que je convoite depuis trop longtemps et pour lequel je suis conscient de sacrifier une grande partie de ma vie et de mes espoirs, c’est donc le deal désormais car tout se mérite, et je ne m’encombre plus de belles paroles, les années filent et j’ai donné…
 

Magic Fire Music : Bon et juste pour les groupies qui ont la collectionnite est-ce que t-shirts il y aura ?

Polo : Quelle question ??!! bien sûr mais quand … ça … 
 

Magic Fire Music : Allez c’est la fin de ce questionnaire inquisiteur, j’espère que beaucoup de gens apprécieront la musique de Architect Of Seth comme il se doit, avec profondeur en tous les cas, je souhaite à ce projet, aux autres projets que vous puissiez avoir Yohann et toi, le meilleur, continuez comme ça car c’est cet état d’esprit musical qui fait que notre scène metal est magnifique…Je vous laisse bien évidemment clôturer…

Polo : Normalement ça n’a pas de sens de remercier quelqu’un pour sa passion mais bon par les temps qui courent c’est un devoir… merci Arch. A bientôt sur la route !
Yohann : Que rajouter… merci pour ton soutien et de contribuer à l’évolution de l’histoire d’AOS !

 


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